La clause de « priorité nationale » agite la droite espagnole

Les récents accords régionaux conclus entre le Parti populaire (de centre-droit) et le parti d’extrême droite Vox ont déclenché un vif débat en Espagne sur les questions de légalité et de légitimité.

Ces pactes tant attendus font suite à des mois de négociations de coalition au point mort dans les régions d’Estrémadure et d’Aragon, où le Parti populaire (PP) est resté la force dominante lors des élections régionales, sans toutefois obtenir la majorité absolue.

Une clause de « priorité nationale » – insérée dans l’accord de coalition par l’extrême droite – a suscité la controverse. « Le principe de priorité nationale », stipule l’accord conclu en Estrémadure, « garantit que les ressources publiques soient allouées en priorité à ceux qui ont un lien authentique, durable et vérifiable avec le territoire ».

Cet accord, reproduit en Aragon, a donné lieu à des interprétations divergentes entre les deux partis quant à la manière dont ce principe serait appliqué, le texte restant ambigu.

Vox affirme que les « Espagnols » seront prioritaires pour l’accès à l’aide publique et aux soins de santé, tandis que le PP souligne que ceux qui sont « installés » dans le pays, disposant d’un enregistrement de résidence antérieur vérifiable – ainsi que de liens économiques et sociaux avec la région – seraient prioritaires.

Le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo, a défendu l’accord face aux critiques croissantes, notamment de la part de certains poids lourds du parti, dont le président de l’Andalousie, Juanma Moreno, qui a accusé Vox de déformer le concept « pour galvaniser » ses partisans.

« Ce qu’il faut évaluer, ce sont les racines de chacun, ses liens avec la communauté locale », a indiqué Feijóo au Congrès la semaine dernière, « quelle que soit la nationalité », a-t-il souligné.

De son côté, le chef de file de Vox, Santiago Abascal, a souligné à plusieurs reprises que cette mesure visait à « donner la priorité aux Espagnols dans leur propre pays ».

Cette clause a également suscité un débat juridique, alors que les questions se multiplient quant à une éventuelle violation de la loi espagnole. « Les résidents étrangers ont droit aux services sociaux et aux prestations… dans les mêmes conditions que les ressortissants espagnols », stipule l’article 14 de la loi espagnole sur l’immigration.

Cependant, les deux partis ont convenu dans leurs accords de modifier la loi et « toute disposition réglementaire qui entrave la mise en œuvre effective de ce qui précède », une initiative qui nécessitera une majorité absolue au Parlement.

Jusqu’à récemment, le PP avait fait part de son intention de ne pas conclure d’accords régionaux ou nationaux avec l’extrême droite, Feijóo accusant le parti d’Abascal d’être une « force antisystème ».

Mais la montée en puissance de Vox dans les sondages, avec des résultats record lors des derniers scrutins, a incité le PP à repenser sa stratégie à l’approche des élections nationales très attendues de 2027.

(ow)


Source:

euractiv.fr

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