Exposition à Paris : Károly Ferenczy, pionnier de la peinture moderne hongroise, sort enfin de l’ombre au Petit Palais

Figure majeure de la modernité hongroise, le peintre Károly Ferenczy n’avait jamais eu d’exposition monographique en France : c’est chose faite grâce au Petit Palais, qui présente près de 140 œuvres de l’artiste.

Conçue en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise, cette première rétrospective française de l’œuvre de Károly Ferenczy (1862-1917) s’inscrit dans la politique du musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris : faire découvrir au public hexagonal des artistes européens du tournant des XIXe et XXe siècles méconnus en France. Après Pekka Halonen, Giovanni Boldini, Ilya Répine, ou encore William Blake, c’est donc l’un des acteurs majeurs de la modernité hongroise qui a aujourd’hui les honneurs de ses cimaises.

Évolutions et influences

Un moment important pour la directrice des peintures des deux musées magyars Réka Krasznai, co-commissaire, avec le conservateur Baptiste Roelly, de cette exposition : « C’est une grande joie et un honneur de pouvoir le présenter à Paris », souligne-t-elle. Nos deux commissaires ont opté pour un parcours chronologique avec quelques focus thématiques, montrant l’évolution stylistique de Ferenczy. « Nous avons voulu présenter les différentes strates d’influences et d’inspirations qui vont nourrir l’élaboration de son style propre », précise Baptiste Roelly, soit un « naturalisme coloriste à la base synthétiste », élaboré de Naples à Munich, en passant par Paris et l’Académie Julian.

Vue de l’exposition « Karoly Ferenczy. Modernité hongroise » au musée des Baux-Arts de la Ville de Paris © Connaissance des Arts/Anne-Sophie Lesage-Münch

Vue de l’exposition « Karoly Ferenczy. Modernité hongroise » au musée des Baux-Arts de la Ville de Paris © Connaissance des Arts/Anne-Sophie Lesage-Münch

Inspirations et influences multiples

En trois temps – « Un artiste en devenir », « Un artiste accompli », « Ultimes expérimentations » –, et une douzaine de sections, le parcours déroule ainsi les différentes phases de cette évolution, depuis l’influence de Bastien-Lepage aux incursions dans le symbolisme version nabi. La scénographie claire et ouverte ménage de nombreux points de vue entre les différentes cimaises, favorisant une meilleure appréhension d’un art multiple et subtil.

Károly Ferenczy, Chant d’oiseau, 1893, huile sur toile, 106 × 78 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.Károly Ferenczy, Chant d’oiseau, 1893, huile sur toile, 106 × 78 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Károly Ferenczy, Chant d’oiseau, 1893, huile sur toile, 106 × 78 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise – Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Les Jardiniers (1891), audacieuse composition au chromatisme délicat, rappelant notamment son intérêt pour la photographie, côtoie l’emblématique Chant d’oiseau (1893) au rouge flamboyant, l’un de ses rares tableaux montrés en France, dans l’exposition de 1993 par Françoise Cachin « 1893. L’Europe des peintres », au musée d’Orsay. S’y dessinent déjà ses thèmes de prédilection : le paysage, ou plus précisément la nature, de préférence baignée de soleil, et la figure humaine.

Qui est Károly Ferenczy ?

Károly Ferenczy, Modernité hongroise

Une famille d’artistes

Les présentations sont faites dans une salle dédiée à sa famille : sa femme et ses trois enfants – tous artistes –, modèles récurrents de ses tableaux, portraits ou compositions bibliques. Ce non-croyant voit en effet dans les textes sacrés une source inépuisable de sujets, prétextes à des mises en scène aux accents symbolistes mais disposées en pleine nature, voire dans un contexte contemporain. Sa Déposition de Croix (1903), dans une lumière solaire intense, est une éclatante variation de verts, de l’émeraude profond, inspiré d’une casaque de jockey, aux dégradés de collines herbeuses.

Vue de l’exposition « Karoly Ferenczy. Modernité hongroise » au musée des Baux-Arts de la Ville de Paris © Connaissance des Arts/Anne-Sophie Lesage-MünchVue de l’exposition « Karoly Ferenczy. Modernité hongroise » au musée des Baux-Arts de la Ville de Paris © Connaissance des Arts/Anne-Sophie Lesage-Münch

Vue de l’exposition « Karoly Ferenczy. Modernité hongroise » au musée des Baux-Arts de la Ville de Paris © Connaissance des Arts/Anne-Sophie Lesage-Münch

L’œuvre graphique

Au sein de ce florilège au chromatisme poudré ou chatoyant, ses dessins sont judicieusement mis en rapport avec ses peintures. « Même ses collectionneurs les plus passionnés ne connaissaient quasiment pas ses œuvres graphiques, que nous tenions à faire découvrir », souligne Réka Krasznai. Ils montrent aussi la manière de travailler de celui qui reprenait inlassablement ses compositions, modifiant à l’envi tel détail, reprenant, ajoutant ou supprimant une figure ou un élément, recherchant toujours l’originalité.

Vue de l’exposition « Karoly Ferenczy. Modernité hongroise » au musée des Baux-Arts de la Ville de Paris © Connaissance des Arts/Anne-Sophie Lesage-MünchVue de l’exposition « Karoly Ferenczy. Modernité hongroise » au musée des Baux-Arts de la Ville de Paris © Connaissance des Arts/Anne-Sophie Lesage-Münch

Vue de l’exposition « Karoly Ferenczy. Modernité hongroise » au musée des Baux-Arts de la Ville de Paris © Connaissance des Arts/Anne-Sophie Lesage-Münch

L’atelier de Nagybánya

Outre le plein air, le collectif est l’autre pilier de son idéal artistique. À partir de 1896, Ferenczy explore les possibilités picturales au sein d’une colonie d’artistes qu’il a co-fondée à Nagybánya (actuelle Baia Mare), en Transylvanie. La plupart d’entre eux ont fréquenté les beaux-arts de Munich, où Ferenczy a lui-même étudié. Des artistes dont on peut voir des photographies et que Ferenczy prend pour modèles de ses tableaux et dessins. Même si pour La Peintre (1903), l’une des plus belles toiles de sa période « plein soleil », c’est à une femme du village qu’il a demandé de poser.

Károly Ferenczy, La Femme peintre, 1903, huile sur toile, 136 × 129,6 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026Károly Ferenczy, La Femme peintre, 1903, huile sur toile, 136 × 129,6 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026

Károly Ferenczy, La Femme peintre, 1903, huile sur toile, 136 × 129,6 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise – Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026

Modernité hongroise

Ses modèles, il les trouve aussi à Budapest, où il est nommé professeur aux beaux-arts. Une salle entière, assez spectaculaire, est réservée à ses nus, féminins et masculins, peints et dessinés. Une petite alcôve présente également sa dernière œuvre religieuse, une pietà qu’il a lui-même découpée par la suite et dont les différents morceaux sont ici réunis. Le parcours se clôt avec un ensemble de portraits, genre qui représente plus d’un cinquième de son œuvre (qui compte environ quatre cents tableaux). Portraits de famille, d’amis et de personnalités, mais aussi dessins et caricatures.

Károly Ferenczy, Double portrait (Noémi et Beni Ferenczy),1908, huile sur toile, 142 × 155 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.Károly Ferenczy, Double portrait (Noémi et Beni Ferenczy),1908, huile sur toile, 142 × 155 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Károly Ferenczy, Double portrait (Noémi et Beni Ferenczy),1908, huile sur toile, 142 × 155 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise – Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

L’évolution constante de son art, sa recherche permanente s’expriment encore dans ses derniers paysages, aux tonalités plus subtiles, sensibles dans la série représentant le Mur rouge de sa maison de Nagybánya, réminiscence des décors pompéiens admirés à ses tout débuts, lors de son séjour à Naples. Ils constituent une forme de synthèse originale de toutes les strates d’influences et d’inspirations, fondatrice de la modernité hongroise.

« Karoly Ferenczy. Modernité hongroise »Petit Palais, avenue Winston Churchill, 75008 ParisDu 14 avril au 6 septembre


Source:

www.connaissancedesarts.com

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