Après la prolongation unilatérale de la trêve avec l’Iran par les États-Unis, la situation reste confuse entre les deux pays aussi bien dans le golfe Persique que dans les négociations pour tenter de trouver un accord de paix. Les deux pays ne semblent pas parler le même langage diplomatique.
D’un côté il y a l’Iran, avec une diplomatie habituée à négocier depuis des années avec des pays occidentaux sur des dossiers précis – nucléaire, sanctions – et dans un cadre bien défini avec des partenaires identifiés et surtout, surtout, sous le sceau du secret, habitude du régime iranien en particulier et marque de fabrique des négociations réussies en général, comme vient de l’illustrer la libération des otages d’État Cécile Kohler et Jacques Paris.
Il est assez peu étonnant qu’il y a quelques jours, un responsable iranien ait mis en doute le sérieux des États-Unis dans la négociation.
Tout et son contraire
Parce que de l’autre côté, il y a Donald Trump. Après des années de présidents américains successifs qui répétaient qu’ils ne négociaient pas en public, c’est évidemment tout le contraire. Des déclarations à bâtons rompus à des journalistes qui l’appellent au téléphone ou qui le croisent à la Maison Blanche, des publications qui se succèdent sur les réseaux sociaux pour dire tout et son contraire. Le président passe de la menace existentielle de détruire une civilisation à faire miroiter l’espoir d’un accord, tout en lançant des ultimatums présentés comme définitifs, mais qui sont sans cesse repoussés.
Impatiences, sauts de concentration et d’humeur
C’est le syndrome « TACO » (pour « Trump always chickens out », que l’on peut traduire par « Trump finit toujours par se dégonfler ») : c’était le cas pour la trêve qui ne devait pas être prolongée et qui l’est désormais de manière indéfinie. Le temps que l’Iran fasse une proposition, en raison des divisions prêtées au régime par Donald Trump sans qu’il y ait vraiment de quoi étayer cette affirmation au-delà de l’invisibilité du guide suprême désigné.
Selon des informations du Wall Street Journal, ses impatiences, ses sauts de concentration et d’humeur poussent même désormais les conseillers de la Maison Blanche à tenir le président éloigné de certaines réunions.
Rapport de force
C’est pourtant lui qui donne le ton de la négociation côté américain. Et ce qu’il montre avec ses dernières décisions et déclarations, c’est le visage de quelqu’un qui souhaite sortir de cette situation et vite : une volonté manifeste d’envoyer une délégation négocier à Islamabad, un cessez-le-feu unilatéral et sans échéance autre qu’une proposition venue du camp d’en face.
Il fait grand cas des pertes financières d’un régime fondé en partie sur une idéologie du martyre et habitué depuis des années à gérer la pénurie et les sanctions, et il ne considère pas que la capture de bateaux par l’Iran soit une rupture du cessez-le-feu puisque ces bateaux ne sont ni américains ni israéliens. C’est une façon étrange d’établir un rapport de force.
En face, l’Iran maintient son nœud coulant sur le détroit d’Ormuz et dénonce au contraire le blocus américain de ses ports comme une rupture du cessez-le-feu. Le régime iranien signale néanmoins qu’il apprécie les efforts du Pakistan pour faciliter les négociations, qui ne sont donc pas rompues. Et il attend, en vertu du syndrome « TACO », parfaitement conscient des conséquences économiques et politiques de la situation aux États-Unis et ailleurs dans le monde.
Source:
www.rfi.fr




