Inspiré d’une histoire vraie, l’album de María Isabel Ospina et Jean-Emmanuel Vermot-Desroches raconte en BD la vie d’un ex-jeune membre des FARC et son long et difficile chemin de réinsertion.
Dans les années 2002 à 2010, le président colombien d’extrême-droite Alvaro Uribe menait une guerre totale contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), une des deux guérillas d’extrême-gauche nées dans les années 60 encore actives à ce moment-là sur le territoire national. C’est dans ce contexte que se situe le récit de l’album scénarisé par María Isabel Ospina et dessiné par Jean-Emmanuel Vermot-Desroches.
Guérilla d’essence rurale
Le héros de Guérillero s’appelle Alberto. Mais ses camarades l’appellent par ses noms de guerre : Jorgito, puis Ivan ou Ivancito. Fils d’un paysan modeste, alcoolique et violent du département du Tolima (centre), Alberto a 11 ans quand il décide avec sa sœur Francy avec les guérilleros de passage chez lui. D’un bout à l’autre de l’album, on constate d’ailleurs que les FARC sont plutôt bien accueillis par les paysans avec lesquels ils tissent des liens d’entraide : l’essence de la guérilla est rurale, elle est issue des zones d’autodéfense paysanne de la période de la Violencia, dans les années 1950-1960.
Peu à peu, le jeune garçon fait l’apprentissage de la guérilla : marches de nuit épuisantes avec un lourd paquetage -parfois sous des pluies torrentielles-, travaux d’installation des campements, maniement des armes, affrontements avec les chulos (vautours) -appellation donnée par les FARC aux militaires-, tours de garde pour surveiller les prisonniers, soins aux blessés, distributions de tracts…

Chemin de réinsertion
À l’âge de 15 ans, et alors qu’il a pris de plus en plus de responsabilités, Alberto déserte, au risque d’être rattrapé et exécuté. Après s’être caché un temps, il s’engage sur le long chemin de réinsertion programmé par l’État. Une fois les démarches administratives effectuées, il est confié à des institutions éducatives, et envoyé à l’école Don Bosco de Cali (département de la Valle del Cauca, ouest), un centre spécialisé dans la rééducation des jeunes qui ont vécu dans la violence, qui lui donnera les clefs de sa nouvelle vie.
La journaliste et documentariste María Isabel Ospina a séquencé son récit en courts épisodes d’une, deux ou trois planches, que le dessinateur Jean-Emmanuel Vermot-Desroches met en scène avec une ligne claire expressive, dont la rondeur met en exergue le côté juvénile d’Alberto, enfant-soldat un temps perdu, mais qui saura trouver les ressources pour tourner la page de ses années de guérillero.
Guérillero, María Isabel Ospina et Jean-Emmanuel Vermot-Desroches (Dargaud).

Source:
www.rfi.fr




