
En refusant un poste de vice-président à la Métropole, Julien Miro, le nouveau maire de Castelnau-le-Lez casse les codes et assume un virage net en rupture avec son prédécesseur…
Vous avez battu le maire sortant, Frédéric Lafforgue. Qu’ont voulu dire les Castelnauviens ?
Ils ont exprimé une aspiration très forte au changement, à la fois sur la méthode et sur le fond. Ce qu’ils ont dit, très clairement, c’est qu’ils ne voulaient plus d’un développement subi. Le paradis des promoteurs s’est arrêté le soir du second tour. Je sais que je m’expose à une bataille du pot de terre contre le pot de fer mais je mettrai toute mon énergie à reprendre la main sur le cadre de vie, ralentir la bétonisation et remettre les habitants au cœur des décisions.
Stopper la construction est-ce possible ?
Castelnau n’a pas vocation à absorber toute la pression démographique de la métropole. On a construit trop vite. On a dépassé les objectifs de 53 %. C’est trop. On est à 20 % de logements sociaux, la deuxième ville derrière Montpellier. Quand les autres communes auront rattrapé leur retard on pourra relancer la construction. D’ici là, on arrête de bâtir et on se concentre sur les équipements, les services publics, mais aussi sur du stationnement et la baisse de la taxe foncière.
Que va devenir l’épineux dossier de la clinique du Parc ?
Ma ligne est claire : la clinique doit rester à Castelnau, c’est un équipement majeur, un joyau pour Castelnau et je m’en suis entretenu, dès mon élection avec M. Constantin. Nous étudions deux hypothèses d’implantation, à côté du lycée Pompidou ou à Sablassou, des études vont être menées pour déterminer le meilleur projet, puis on tranchera. En revanche, sur le site actuel, il n’y aura aucun logement. Zéro ! On renaturera cet espace et on le rendra aux habitants.
Le sénateur Jean-Pierre Grand, maire emblématique de Castelnau, n’a pas ménagé ses critiques à votre égard. Que lui répondez-vous ?
Je ne réponds pas à l’agressivité et je ne passe pas mes journées sur les réseaux sociaux. Les Castelnauviens ont tranché dans les urnes et leur message est clair : ils veulent des résultats, pas des polémiques. Je n’ai pas vocation à gérer la carrière du sénateur. Je lui laisse la brutalité, moi je suis dans l’action.
Quels sont aujourd’hui vos liens avec le parti Renaissance ?
J’ai de très bonnes relations avec Renaissance, dont je suis toujours membre. Mais j’ai fait un choix clair pour Castelnau : celui d’une liste sans étiquette, rassemblant des sensibilités différentes. A Castelnau, on ne fera pas de politique. Je suis de centre droit, je l’assume, ce n’est pas un secret. Par ailleurs, je me suis engagé à ne me présenter à aucune autre élection durant le mandat. Je ne veux pas me servir de cette élection comme d’un tremplin.
« Un maire est un habitant parmi les habitants, simplement avec plus de responsabilités »
Vous avez également refusé une vice-présidence à la Métropole, pourquoi ?
Parce que j’ai pris un engagement clair devant les habitants : ne pas cumuler et me consacrer pleinement à Castelnau. Être maire, c’est déjà une responsabilité à temps plein. Je préfère être totalement investi ici plutôt que dispersé. Cela ne m’empêche pas de défendre les dossiers à la Métropole, bien au contraire je siégerai à la Métropole avec François Brothier, mon adjoint qui a été élu 20e vice-président, nous serons six élus de la majorité et un élu d’opposition pour porter la voix de Castelnau.
Sans toucher les indemnités de vice-président, c’est important pour vous ?
Oui, comme de continuer à travailler. Les Castelnauviens m’ont parlé d’éthique, de transparence, d’exemplarité. Je m’y tiens. Refuser ces indemnités, c’est montrer qu’on n’est pas là pour accumuler des fonctions ou des revenus, mais pour servir. Dans le même esprit, j’ai baissé les indemnités des élus municipaux de 20 %. Dans le contexte actuel, avec des difficultés sociales fortes, c’est une exigence de responsabilité et de respect vis-à-vis des habitants.
Pour vous un maire c’est quelqu’un « comme tout le monde » ?
Un maire est un habitant parmi les habitants, simplement avec plus de responsabilités. Il ne doit pas être au-dessus. C’est pour ça que je refuse les privilèges : pas de voiture de fonction, pas de place réservée, les élus paient leurs places et font la queue aux manifestations comme tout le monde. Ce qui compte, c’est la proximité et l’exemplarité. Être maire, ce n’est pas un statut, c’est un engagement au service du quotidien des gens.
Quelles sont vos relations avec Michaël Delafosse ?
Elles sont bonnes, franches et constructives. Nous avons toujours eu un dialogue de qualité, y compris lorsque j’étais dans l’opposition à Castelnau. Il est venu à ma rencontre comme avec tous les maires de la Métropole et j’ai apprécié. Je crois, comme lui, en une métropole apaisée, qui travaille sans logique partisane. On peut avoir des désaccords, c’est normal, mais l’important, c’est d’avancer sur les dossiers. Michaël Delafosse a montré qu’on pouvait faire fonctionner une métropole dans cet esprit-là, et je souhaite que cela continue.
Qui est Julien Miro ?
Natif de l’Aude, le nouveau maire est issu d’un milieu modeste et éloigné de la politique. La maman de ce fils unique exerçait le métier de secrétaire tandis que son père était employé aux services des espaces verts d’une commune. À 41 ans, Julien Miro est, lui, cadre chez Engie. Sa compagne, rencontrée à Paris, est avocate au barreau de Montpellier et ils sont les parents de deux jeunes enfants, l’un de 3 ans, l’autre bébé de quatre mois. En politique, avant d’adhérer à Renaissance, Julien Miro a d’abord été un admirateur de Jacques Chirac. Il a gardé des liens avec Claude Chirac et le compagnon de celle-ci Frédéric Salat-Baroux (ex-secrétaire général de l’Élysée).
Source:
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