Sur le pont arrière, entre les conteneurs blancs qui servent d’abri, une enceinte portative crache un son électro. Au sud de la mer Tyrrhénienne, la nuit est tombée. À bord de l’« Ocean Viking », ce n’est plus un groupe de naufragés sauvés des eaux qui occupe l’espace. C’est la jeunesse, la liberté et l’espoir qui explosent. Des corps, recroquevillés au fond d’une barque en fer hier, se déploient maintenant en dansant. Au centre du cercle, Hippolyte, le logisticien hyperactif de SOS Méditerranée, se fait porter à bout de bras par la foule. Le temps de quelques heures, l’insouciance a envahi le pont du navire de sauvetage.
Pour comprendre cette explosion de vie, il faut remonter vingt-quatre heures en arrière. Revenir à une nuit noire, celle du 22 au 23 février, au sud de Lampedusa. Tout a commencé par un grésillement à la radio : « Mayday Mayday » et une position GPS, lancés par les bénévoles de l’ONG Alarm Phone. Sur la passerelle, la fatigue d’une semaine d’entraînement, suivis de trois jours de mer agitée, est chassée par l’adrénaline. Il est un peu plus d’une heure du matin quand les projecteurs de l’« Ocean Viking » déchirent l’obscurité à la recherche du canot chargé de vies en sursis.
« 100 % des personnes reçues ont des problèmes médicaux »
Théo, 24 ans, scrute l’horizon aux jumelles de vision nocturne. Il est 1 h 17 quand les trois semi-rigides de sauvetage touchent l’eau noire. À la barre de l’un d’entre eux, Fatima, concentrée, fonce vers sa cible invisible. Devant elle, une coque grise, instable, surchargée, émerge de la nuit, l’odeur de l’essence…
Source:
www.humanite.fr




