Alors que l’Union européenne s’apprête à appliquer pleinement son Pacte sur la migration et l’asile en juin 2026, les défenseurs des droits des personnes handicapées avertissent qu’un groupe reste trop souvent négligé : les migrants et les demandeurs d’asile handicapés. Une nouvelle note d’orientation du Forum européen des personnes handicapées et de l’International Refugee Assistance Project affirme que, malgré les engagements juridiques de l’Europe, de nombreuses personnes sont toujours confrontées à des procédures inaccessibles, à des garanties faibles et à des obstacles à un soutien de base au point même où la protection devrait commencer.
L’avertissement arrive dans un déclaration commune publiée par le Forum européen des personnes handicapées (FED) et dans un délai plus long note d’orientation préparée avec le Projet international d’assistance aux réfugiés (IRAP). Leur argument est direct : les systèmes européens de migration et d’asile restent trop souvent conçus sans tenir compte des personnes handicapées, même si l’UE et ses États membres sont liés par les Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées et par le Charte des droits fondamentaux de l’UE.
Le timing compte. Le Pacte sur la migration et l’asileadoptée en 2024, est entrée en vigueur en juin de la même année et devrait commencer à s’appliquer après une période de transition de deux ans. La Commission européenne a présenté le cadre comme un système à la fois ferme et équitable et a publié en janvier son premier Stratégie européenne de gestion de l’asile et des migrations pour guider la mise en œuvre au cours des cinq prochaines années. Mais EDF et l’IRAP affirment que si le handicap n’est pas intégré dans cette mise en œuvre, les promesses juridiques resteront largement théoriques pour beaucoup de ceux qui recherchent la sécurité en Europe.
Cette préoccupation s’inscrit dans un débat plus large sur l’orientation de la politique migratoire européenne. Comme Le European Times a récemment noté dans son analyse plus large du tournant migratoire en Europel’UE subit une pression croissante pour qu’elle fasse preuve de contrôle à ses frontières tout en préservant son engagement en faveur des droits et de l’asile. Le mémoire du FED-IRAP suggère que c’est dans les migrants handicapés et les demandeurs d’asile que cette tension devient particulièrement visible.
Cinq lacunes au centre du contentieux
La note d’orientation identifie cinq principaux domaines problématiques. Le premier est l’invisibilité. Selon les auteurs, les personnes handicapées ne sont toujours pas correctement reconnues dans les cadres de migration de l’UE et les données ventilées par handicap ne sont pas collectées de manière systématique. Sans cette visibilité, le soutien dépend souvent du hasard, des pratiques locales ou du fait que les besoins d’une personne soient immédiatement évidents.
La seconde est l’accessibilité. Les centres d’accueil, les systèmes de contrôle et les procédures aux frontières peuvent exister sur papier, mais ils ne sont pas toujours physiquement accessibles ou adaptés aux besoins de communication, aux besoins cognitifs ou aux handicaps liés à la santé mentale. La note soutient que le recours accru à des procédures plus rapides aux frontières pourrait aggraver ces échecs si l’identification et les aménagements raisonnables ne sont pas intégrés dès le départ.
Le troisième problème est l’exclusion de la protection sociale. Les migrants et les demandeurs d’asile handicapés peuvent être confrontés à des obstacles majeurs pour accéder aux soins de santé, au soutien lié au handicap, à l’aide au revenu et aux services communautaires. Dans la pratique, l’écart entre les systèmes d’accueil et les structures sociales traditionnelles peut laisser les personnes sans soutien significatif pendant les étapes cruciales de la procédure d’asile.
Le quatrième problème concerne le regroupement familial et les règles de migration légale. L’EDF et l’IRAP soutiennent que les dispositions en matière de revenus et de soutien liées au handicap sont trop souvent ignorées lorsque les autorités évaluent si une personne satisfait aux exigences financières ou d’entretien. Le résultat, disent-ils, est une discrimination indirecte qui peut exclure les personnes handicapées des voies légales ouvertes aux autres.
Le cinquième domaine, le plus sensible, est celui de la détention et du retour. Le document indique que les personnes handicapées sont confrontées à des risques accrus lorsqu’elles sont placées dans des contextes de type détention ou traitées pour leur retour sans garanties appropriées, sans informations accessibles ou sans évaluation adéquate de leurs besoins. Pour les défenseurs des droits, il ne s’agit pas seulement d’une question administrative, mais aussi d’un test pour savoir si l’Europe est disposée à appliquer les normes fondamentales de dignité et d’égalité dans son système migratoire.
Ce que dit déjà le droit européen
Il ne s’agit pas d’un vide juridique. L’article 18 de la Charte européenne garantit le droit d’asile. L’article 21 interdit la discrimination, y compris en raison du handicap, et l’article 26 reconnaît le droit des personnes handicapées à des mesures favorisant l’indépendance et la participation à la vie communautaire. La CDPH, qui lie à la fois l’UE et tous ses États membres, ajoute des obligations supplémentaires en matière d’accessibilité, d’égalité, de liberté, de protection sociale et de protection dans les situations de risque.
En d’autres termes, le débat ne porte pas sur la question de savoir si les droits des personnes handicapées sont pertinents au droit de l’immigration. Ils le sont clairement. Le véritable débat est de savoir si la nouvelle architecture migratoire de l’UE, telle qu’elle est mise en œuvre, donne à ces droits un effet pratique.
Un test de mise en œuvre, pas seulement d’intention
Il ne fait aucun doute que les systèmes migratoires sont mis à rude épreuve dans toute l’Europe, et les institutions européennes ont passé des années à tenter de construire un cadre plus cohérent après des crises répétées. La Commission insiste sur le fait que le pacte vise à combiner la gestion des frontières avec des garanties pour les personnes ayant besoin de protection. Pourtant, l’intervention du FED-IRAP montre avec quelle facilité une promesse fondée sur les droits peut s’affaiblir lorsque la politique est conçue autour de la rapidité, du contrôle et de l’efficacité administrative.
Pour les organisations de défense des droits des personnes handicapées, la réponse n’est pas abstraite. Ils demandent aux institutions européennes et aux gouvernements nationaux d’intégrer l’accessibilité et les aménagements raisonnables à chaque étape des systèmes d’asile et d’accueil, de garantir l’égalité d’accès aux soins de santé et à l’assistance quel que soit le statut, de supprimer les conditions de migration discriminatoires et d’empêcher que les procédures de détention ou de retour exposent les personnes handicapées à des risques supplémentaires.
La question politique pour l’Europe est désormais assez simple à poser, même si elle est plus difficile à répondre dans la pratique : lorsque le nouveau pacte commencera à s’appliquer, les migrants et les demandeurs d’asile handicapés seront-ils enfin traités comme des titulaires de droits au sein du système, ou resteront-ils une réflexion secondaire en marge ?
Source:
europeantimes.news



