Après la menace américaine de mettre fin aux relations commerciales avec l’Espagne en raison de son refus de soutenir le conflit iranien, Rabat s’intéresse aux potentiels bouleversements géopolitiques et économiques dans la région.
Washington – Les vagues diplomatiques provoquées par le conflit actuel entre les États-Unis et l’Iran ont désormais atteint la Méditerranée occidentale. Après que le gouvernement espagnol du Premier ministre Pedro Sánchez ait interdit aux États-Unis d’utiliser les bases militaires stratégiquement importantes de Rota et Morón pour des opérations contre l’Iran, Washington a réagi par une annonce drastique. Le 3 mars 2026, le président américain Donald Trump a menacé de rompre complètement les relations commerciales avec l’Espagne. Pour le Maroc, qui entretient des relations étroites avec Madrid et Washington, cela crée une situation diplomatique complexe.
Souveraineté et droit international : le rejet de Washington par Madrid
Le cœur du désaccord réside dans l’évaluation juridique de l’action militaire contre Téhéran. Le gouvernement de Madrid invoque le droit international et la Charte des Nations Unies. Selon un rapport du Guardian, l’Espagne souligne que les bases sur le sol espagnol exploitées conjointement avec les États-Unis ne peuvent pas être utilisées pour des « actions militaires unilatérales » qui ne sont pas soutenues par un mandat clair des Nations Unies. Dans une allocution vidéo très regardée sur la plateforme X (anciennement Twitter), Sánchez a été clair : « L’Espagne est du côté des Nations Unies ». Il a mis en garde contre le fait de jouer à la « roulette russe » avec le sort de millions de personnes.
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Dans une déclaration officielle, Sánchez a appelé à une désescalade immédiate. Cette position a rencontré une forte opposition à la Maison Blanche. Le président américain Trump a qualifié l’Espagne de « terrible allié » et a ordonné au département du Trésor d’examiner les conséquences économiques. Alors que l’Espagne appelle au respect des traités internationaux, Washington considère le refus de soutien logistique comme une rupture de loyauté au sein de l’OTAN.
La dimension économique et les obstacles de l’union douanière de l’UE
La menace de Washington de suspendre les échanges commerciaux avec l’Espagne se heurte à un obstacle juridique important : l’union douanière de l’UE. Étant donné que les politiques commerciales des États membres de l’UE sont coordonnées de manière centralisée à Bruxelles, un embargo sélectif contre l’Espagne pourrait être juridiquement difficile à mettre en œuvre sans entraîner de sanctions contre l’ensemble de l’Union européenne.
Néanmoins, la simple annonce provoque des troubles sur les marchés. Les produits agricoles et les chaînes d’approvisionnement industrielles en particulier pourraient être mis sous pression. Cette évolution est extrêmement importante pour le Maroc, car l’Espagne est le partenaire commercial le plus important du royaume. Une Espagne économiquement affaiblie ou des chaînes logistiques perturbées en Méditerranée auraient un impact direct sur l’économie d’exportation marocaine, étroitement liée aux centres de transformation et de logistique espagnols. Il suffit de penser aux terminaux GNL en Espagne, par lesquels le Maroc reçoit actuellement du gaz, que le royaume nord-africain reçoit également des États-Unis.
L’équilibre du Maroc entre deux partenaires stratégiques
Rabat se retrouve dans une situation qui requiert du tact diplomatique. Depuis la résolution du différend diplomatique en 2022 et la visite de Pedro Sánchez à Rabat en février 2024, les deux parties n’ont cessé de souligner la « nouvelle ère » de leur amitié. L’Espagne est la porte d’entrée du Maroc sur le marché européen. Dans le même temps, le Maroc est un partenaire de sécurité indispensable pour les États-Unis en Afrique du Nord et a massivement élargi sa coopération militaire avec Washington dans le cadre des accords d’Abraham.
Sur le plan politique, le Maroc a déjà fait preuve de solidarité avec les États du Golfe qui ont été la cible des attaques iraniennes. Cela signifie que Rabat est plus proche de Washington sur la question de l’influence iranienne que de la position actuelle de Madrid. Une rupture ouverte entre les États-Unis et l’Espagne oblige le Maroc à peser ses intérêts : la sécurité militaire et la reconnaissance de l’intégrité territoriale dépendent fortement des États-Unis, tandis que la stabilité économique et la sécurité quotidienne des frontières sont inextricablement liées à l’Espagne.
Impacts régionaux et contextes historiques
Les tensions mettent également en évidence les différentes priorités dans la région. Si l’Espagne justifie son rejet en se référant au droit international, la composante historique est également observée au Maroc. L’Espagne insiste sur sa souveraineté face aux États-Unis, mais continue de détenir deux enclaves sur la côte marocaine, Ceuta et Melilla – un point qui suscite régulièrement des discussions parmi l’opinion publique marocaine sur l’intégrité et l’héritage de l’ère coloniale.
Si les États-Unis prennent réellement les choses au sérieux et sanctionnent les entreprises espagnoles, le Maroc pourrait théoriquement avoir la possibilité de devenir encore plus attractif en tant que site de production alternatif pour le marché américain. Mais les conséquences négatives de l’instabilité régionale l’emporteront probablement sur les conséquences négatives à court terme. La diplomatie marocaine devra s’appuyer sur la médiation de l’UE pour désamorcer le conflit commercial afin de ne pas se retrouver coincée entre les fronts de ses deux plus importants alliés.
Maroc – Condamnation claire après les frappes iraniennes contre des bases américaines dans la région
Source:
maghreb-post.de



