Deux mois après une finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025 qui avait profondément divisé les observateurs et laissé un sentiment d’inachevé, la Confédération africaine de football (CAF) a rendu une décision lourde de conséquences. Saisie dans le cadre des procédures disciplinaires et d’appel, l’instance continentale a officiellement déclaré le Sénégal forfait et homologué la rencontre sur un score de 3-0 en faveur du Maroc. Une décision qui modifie rétroactivement l’issue sportive du match disputé le 18 janvier, et qui, en apparence, clôt le débat. En réalité, la situation est plus nuancée.
Sur le plan strictement réglementaire, la CAF a appliqué un principe bien établi dans le droit du sport. En cas de forfait, d’abandon de match ou de violation grave des règles, les textes disciplinaires prévoient une défaite par pénalité, généralement fixée à 3-0. Cette disposition, présente dans la majorité des règlements internationaux, vise à garantir l’équité des compétitions et à sanctionner tout manquement jugé incompatible avec leur bon déroulement.
La décision rendue par le jury d’appel constitue l’aboutissement de la procédure interne à la CAF. Après une phase initiale d’examen, suivie d’un recours, l’instance a tranché de manière définitive à son niveau. En conséquence, le résultat officiel de la finale est désormais celui enregistré par la CAF : une victoire du Maroc. Cette homologation a un effet immédiat et s’impose à toutes les compétitions et classements relevant de la confédération. À ce jour, le Maroc est donc reconnu comme vainqueur de la CAN 2025.
Cependant, dans le football international contemporain, une décision rendue par une confédération ne constitue pas nécessairement le dernier mot. Le cadre juridique du sport prévoit en effet une possibilité de recours devant une juridiction indépendante : le Tribunal arbitral du sport (TAS), basé à Lausanne. Cette instance, reconnue par la FIFA et par l’ensemble des fédérations internationales, agit comme une cour suprême du contentieux sportif.
Dans ce contexte, une fédération nationale qui s’estime lésée peut contester la décision devant le TAS, généralement dans un délai encadré, souvent compris entre dix et vingt et un jours après notification. Le recours porte non pas sur l’émotion ou l’interprétation sportive, mais sur des éléments juridiques précis : respect de la procédure, application correcte des règlements, proportionnalité de la sanction.
C’est précisément ce point qui explique les divergences actuelles dans l’espace médiatique. D’un côté, la décision de la CAF est bien définitive en interne et produit tous ses effets : le Maroc est officiellement champion. De l’autre, tant que les délais de recours ne sont pas expirés ou qu’une éventuelle procédure devant le TAS n’a pas été définitivement tranchée, le dossier ne peut être considéré comme juridiquement irrévocable.
En pratique, cela signifie que deux temporalités coexistent. La première est celle de l’institution sportive, qui a statué et validé un résultat. La seconde est celle du droit international du sport, qui laisse subsister une possibilité — même encadrée — de contestation. Cette dualité est fréquente dans les litiges de haut niveau, où les enjeux sportifs, économiques et symboliques sont particulièrement élevés.
Il convient également de souligner que le dépôt d’un recours devant le TAS n’entraîne pas automatiquement la suspension de la décision contestée. Sauf mesure exceptionnelle, rarement accordée, la décision de la CAF continue de produire ses effets pendant toute la durée de la procédure. Autrement dit, même en cas de recours, le Maroc conserve son statut de vainqueur jusqu’à une éventuelle décision contraire.
La chronologie du dossier illustre ce processus. Après la finale du 18 janvier, marquée par des contestations, des procédures ont été engagées au sein des instances disciplinaires de la CAF. L’affaire a ensuite été examinée en appel, avant de déboucher sur la décision rendue deux mois plus tard. Cette succession d’étapes correspond au fonctionnement classique des juridictions sportives, fondé sur le principe du double degré de juridiction.
Aujourd’hui, la situation peut être résumée de manière simple, malgré sa complexité apparente. Le Maroc est officiellement vainqueur de la CAN 2025 selon la CAF, et cette décision est pleinement exécutoire. Toutefois, sur le plan du droit international du sport, le dossier reste potentiellement ouvert tant que les voies de recours ne sont pas définitivement épuisées.
Ce type de configuration met en lumière une réalité désormais centrale dans le sport moderne : la judiciarisation croissante des compétitions. Les résultats ne se jouent plus uniquement sur le terrain, mais peuvent également être confirmés, modifiés ou contestés dans les enceintes juridiques spécialisées. Dans ce contexte, la finale Maroc–Sénégal de la CAN 2025 s’inscrit dans une tendance plus large, où la frontière entre décision sportive et décision juridique devient de plus en plus ténue.



