
Avis de Stuart Casey-Maslen (Genève)Mardi 17 février 2026Inter Press Service
GENEVE, 17 février (IPS) – Le droit international humanitaire est à un point de rupture, alors que l’impunité généralisée pour de graves violations permet des abus encore plus graves contre les civils et les détenus.
Dans les guerres d’aujourd’hui, les violations ne sont plus cachées ou exceptionnelles. Elles sont de plus en plus ouvertes, systématiques et impunies, avec des conséquences catastrophiques pour ceux que la loi est censée protéger.
Une nouvelle analyse de 23 situations de conflit armé entre juillet 2024 et fin 2025 révèle une tendance constante : des civils sont tués, maltraités et affamés à grande échelle, tandis que les mécanismes de responsabilisation échouent ou sont activement sapés. La violence génocidaire à Gaza, le risque renouvelé de génocide au Soudan et les atrocités de masse ailleurs ne sont pas des horreurs isolées. Pris ensemble, ils témoignent d’un échec plus profond : l’effondrement d’une véritable retenue dans la conduite des hostilités.
Les violences sexuelles liées aux conflits ont atteint des niveaux épidémiques. Le viol, l’esclavage sexuel et la violence sexuelle utilisés comme punition ou comme outil de contrôle territorial ont été documentés dans de nombreux conflits, notamment en Colombie, en République démocratique du Congo, au Myanmar et au Soudan. Le nombre croissant de cas impliquant des attaques contre des enfants, y compris des victimes dès l’âge d’un an, est particulièrement alarmant.
Il ne s’agit pas de conséquences de la guerre, mais de violations longtemps interdites par le droit international humanitaire, désormais commises dans une impunité quasi totale. Cela se produit avec la complicité de nombreux autres États, qui ont le devoir de respecter et de faire respecter le droit international humanitaire.
Cette érosion de la protection civile n’est pas principalement le résultat de lacunes dans les connaissances juridiques. Les règles existent. Le problème réside dans le choix politique – et dans l’incapacité persistante à appliquer, clarifier et mettre à jour la loi là où elle n’offre plus de retenue significative.
Cela n’est nulle part plus clair que dans le cas du commerce mondial des armes. Le Traité des Nations Unies sur le commerce des armes a été largement ratifié, notamment par de grands exportateurs comme la Chine, la France et le Royaume-Uni. En théorie, elle oblige ses États membres à refuser les transferts d’armes lorsqu’il existe un risque évident que ces armes soient utilisées pour commettre de graves violations du droit international. Dans la pratique, les évaluations des risques juridiques sont trop souvent éclipsées par des considérations stratégiques et politiques.
La poursuite des exportations d’armes vers Israël, la Russie et d’autres pays, malgré les preuves accablantes de dommages causés aux civils, a eu des conséquences dévastatrices sur le terrain.
Combler cet écart ne nécessite pas une série de nouvelles règles à court terme. Cela nécessite l’application cohérente des contrôles existants : contrôles des exportations exécutoires et fondés sur des preuves ; un examen indépendant des décisions en matière de licences ; et une véritable responsabilité lorsque les transferts sont autorisés malgré un risque évident que la loi soit enfreinte par le destinataire.
Certaines catégories d’armes sont certes incompatibles avec la protection des civils, mais ne violent pas nécessairement les normes déjà permissives. Les tirs répétés d’artillerie à gravité depuis les airs sur des zones peuplées et l’artillerie à longue portée imprécise depuis le sol ont été une cause majeure de pertes civiles dans de multiples conflits.
Il existe un manque fondamental de clarté sur deux règles clés : premièrement, à quelle distance une attaque peut-elle être lancée par rapport à une cible militaire tout en respectant la loi ; et deuxièmement, quel est le degré de dommages civils accidentels qui est autorisé lorsque l’on cible un objectif militaire.
Sur ces deux questions, la loi nécessite d’urgence des éclaircissements. Restreindre les armes lancées par voie aérienne aux seules munitions à guidage de précision ferait déjà une différence mesurable pour la survie des civils. Pour y parvenir, il faudra toutefois que les États clarifient et mettent à jour les règles du droit international humanitaire rédigées dans les années 1970.
Dans les conflits entre États, comme dans la province de Kherson en Ukraine, des drones ont été utilisés par les forces russes – et d’autres – pour cibler des civils, parfois avec des séquences vidéo en temps réel diffusées en ligne par les auteurs.
Dans le même temps, les drones armés ne sont plus l’apanage des États. Leur utilisation par des groupes armés non étatiques augmente rapidement, notamment par le JNIM au Sahel, l’État islamique en Somalie et l’armée d’Arakan au Myanmar. Il existe un besoin urgent de mécanismes plus solides pour attribuer, enquêter et poursuivre les attaques illégales de drones et d’armes autonomes.
Une impunité à cette échelle n’est pas inévitable. C’est le produit d’une négligence politique et financière prolongée. Les institutions conçues pour promouvoir le respect du droit international humanitaire – y compris les tribunaux nationaux et internationaux – sont soumises à de fortes pressions, certaines étant paralysées ou fermées faute de ressources.
Des juges d’organismes tels que la Cour pénale internationale ont même été sanctionnés simplement pour avoir exercé leur mandat. Si les États souhaitent sérieusement protéger les civils, le soutien politique et financier à ces institutions doit être traité comme une obligation fondamentale et une priorité politique, et non comme un geste facultatif.
La situation actuelle constitue un test crucial pour le droit international humanitaire lui-même. L’avocat international Hersch Lauterpacht a un jour averti que le droit existait au « point de fuite » du droit international. Cet avertissement n’est plus théorique.
Que le droit humanitaire continue de fonctionner comme une véritable contrainte à la guerre, ou qu’il se transforme en une rhétorique symbolique, dépendra des choix politiques que les États font actuellement – et de la question de savoir si la protection des civils est traitée comme un devoir juridique plutôt que discrétionnaire.
Stuart Casey-Maslen est un avocat international et auteur principal de War Watch: International Humanitarian Law in Focus à l’Académie de droit international humanitaire et des droits de l’homme de Genève.
IPS Bureau de l’ONU
© Inter Press Service (20260217175420) — Tous droits réservés. Source originale : Inter Press Service
Où ensuite ?
Dernières nouvelles
Lisez les dernières actualités :
Le droit humanitaire international est à un point de rupture – mais pas irréparable mardi 17 février 2026La lutte mondiale pour l’égalité des femmes et des filles mardi 17 février 2026Le veto pourrait être l’arme d’élimination lors de l’élection du prochain chef de l’ONU mardi 17 février 2026Des promesses aux preuves : la réunion des Nations Unies sur la biodiversité commence le premier examen mondial de l’action pour la nature mardi 17 février 2026Epstein déclare : « Personne n’est trop riche ou trop puissant pour être au-dessus des lois » ; les experts en droits exigent des comptes mardi 17 février 2026Crise au Soudan : l’agence des Nations Unies lance un appel de 1,6 milliard de dollars pour soutenir les réfugiés dans sept pays mardi 17 février 2026Les décès maternels augmentent pendant la guerre et l’instabilité, prévient un nouveau rapport mardi 17 février 2026Quatre ans de guerre en Ukraine : l’enfance est « passée dans la clandestinité » et les déplacements se poursuivent – humanitaires de l’ONU mardi 17 février 2026IRAN : « Le changement durable dépendra de la capacité organisationnelle nationale et non de la force extérieure » Lundi 16 février 2026Nous devons rejeter un monde gouverné par le pouvoir brut Lundi 16 février 2026
Lien vers cette page depuis votre site/blog
Ajoutez le code HTML suivant à votre page :
Le droit international humanitaire est à un point de rupture – mais pas irréparable, Inter Press Service, mardi 17 février 2026 (publié par Global Issues)
… pour produire ceci :
Le droit international humanitaire est à un point de rupture – mais pas irréparable, Inter Press Service, mardi 17 février 2026 (publié par Global Issues)
Source:
www.globalissues.org



