AccueilMondeLe conflit avec l'Afghanistan durcit la position occidentale du Pakistan

Le conflit avec l’Afghanistan durcit la position occidentale du Pakistan

L’armée de l’air pakistanaise (PAF) a frappé des cibles dans au moins cinq provinces afghanes entre le 21 et le 27 février, dont Kaboul, la capitale afghane, Kandahar, le siège spirituel des talibans, et la province de Paktia, dans le sud-est du pays. Les responsables pakistanais ont décrit les frappes comme des opérations basées sur le renseignement contre les camps de Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) et de l’État islamique – province du Khorasan (IS-K), affirmant que plus de 130 combattants talibans afghans ont été tués au cours du seul dernier round.

Les talibans ont répondu le 26 février par ce que leur porte-parole Zabihullah Mujahid a qualifié d’« opérations offensives à grande échelle » contre les postes militaires pakistanais le long de la ligne Durand. Kaboul a revendiqué la capture de 13 à 19 avant-postes pakistanais et la mort de 55 soldats pakistanais, selon le porte-parole adjoint des Taliban, Hamdullah Fitrat. Le ministre pakistanais de l’Information, Attaullah Tarar, a reconnu que deux soldats avaient été tués et trois blessés, tout en affirmant que 133 combattants afghans étaient morts et 27 postes talibans détruits.

Cet échange marque la confrontation militaire directe la plus grave entre le Pakistan et les talibans depuis le retour de ces derniers au pouvoir en 2021.

Un conflit sans horizon court

Le déclencheur immédiat de l’escalade de février est bien documenté. L’attentat suicide de l’EI-K contre la mosquée Khadija Tul Kubra à Islamabad, le 6 février, a tué au moins 32 fidèles et en a blessé 170, selon la police pakistanaise et le Conseil de sécurité de l’ONU. Une poussée soutenue du militantisme – Armed Conflict Location and Event Data (ACLED) a enregistré 2 425 incidents militants à travers le Pakistan en 2025, soit près de quatre fois les 658 incidents de 2022 – semble avoir épuisé la tolérance d’Islamabad à l’égard des solutions diplomatiques avec Kaboul.

Toutefois, les dynamiques structurelles en jeu suggèrent qu’il ne s’agit pas d’une crise dont le délai de résolution est court. L’Afghanistan et le Pakistan connaissent une forme de tension militaire transfrontalière depuis 1947, lorsque Kaboul a été le seul pays à voter contre l’admission du Pakistan à l’ONU. La ligne Durand – tracée en 1893 par un diplomate colonial britannique et jamais reconnue par aucun gouvernement afghan – reste le grief fondamental.

Dans cette optique, il convient de considérer le modèle. Comme Quwa l’a analysé lors des affrontements d’octobre 2025, la confrontation actuelle est la dernière itération d’un cycle qui s’étend sur plusieurs décennies. Le Pakistan a armé les moudjahidines contre l’Union soviétique dans les années 1980, a soutenu la première montée des talibans dans les années 1990 et a passé deux décennies à naviguer dans la présence américaine. Chaque phase a duré une décennie ou plus. La confrontation actuelle – motivée par la résurgence du TTP sous la protection tacite de l’Afghanistan gouverné par les talibans – ne présente aucune caractéristique structurelle d’un conflit de courte durée. Les talibans considèrent le TTP comme un problème interne au Pakistan, et le fait d’héberger ces groupes donne à Kaboul un moyen de pression sur Islamabad.

On peut voir dans les affrontements d’octobre 2025 un aperçu de cette dynamique. Un cessez-le-feu négocié par le Qatar et la Turquie a duré à peine quatre mois avant de s’effondrer. L’intervention de l’Arabie saoudite a permis la libération de trois soldats pakistanais capturés, mais n’a abouti à aucun accord durable sur la question centrale du sanctuaire du TTP. Chaque cycle de médiation a donné des résultats décroissants.

La frontière occidentale comme exigence de défense structurelle

Pour l’establishment de la défense pakistanaise, l’escalade de février 2026 pourrait servir de point d’inflexion – un point d’inflexion qui durcirait ce qui a été une orientation progressivement changeante vers la frontière occidentale en tant qu’exigence de défense primaire et durable plutôt qu’en tant que problème de contre-insurrection secondaire et épisodique.

La posture militaire du Pakistan a toujours été structurée presque entièrement autour du front oriental avec l’Inde. La structure des forces, l’acquisition de plates-formes majeures, l’architecture de dissuasion nucléaire et les concepts de profondeur stratégique ont tous été conçus avec l’Inde comme menace déterminante. La frontière occidentale a été gérée par une combinaison de manipulations politiques, d’intermédiaires tribaux et d’opérations militaires périodiques – dont aucune n’impliquait l’existence d’un adversaire au niveau de l’État.

Cette hypothèse s’est désormais effondrée. La capacité des talibans à rassembler simultanément des forces contre plus d’une douzaine d’avant-postes pakistanais, comme l’affirmaient le 26 février, suggère une préparation du renseignement et une coordination militaire conventionnelle. Selon The Express Tribune, les forces afghanes ont utilisé des drones quadricoptères contre les positions frontalières pakistanaises, bien que le Pakistan ait affirmé que tous les drones hostiles avaient été interceptés. Les données de l’ACLED montrent que le TTP lui-même a mené au moins 26 frappes de drones dans le Khyber Pakhtunkhwa en 2025, un niveau record d’activité de systèmes aériens sans pilote (UAS) militants.


Source:

quwa.org

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