Paul Poulain ne respire pas le même air que vous et moi. Le sien est chargé de centaines de substances chimiques, qu’il ne sait pas toutes identifier à l’odeur – il ne faut pas exagérer –, mais dont il connaît la provenance et les dangers. « La pollution à Marseille, je la sens peut-être de manière plus aiguë qu’un autre », convient-il en souriant.
Et quand l’expert en risques industriels se balade dans la cité phocéenne, qu’il arpente son port ou le somptueux dédale de ses calanques, il ne voit pas la même chose que tout le monde : il anticipe le nuage de chlore – vision d’horreur – qui flottera peut-être un jour au-dessus de cette usine ; visualise l’incendie qui pourrait se déclarer dans cet entrepôt anonyme ou entrevoit un dégagement de polluants dans les eaux limpides de la Grande Bleue. Pour le reste, il ne fait pas de cauchemars la nuit, merci pour lui. « Les risques, il y en a tellement qu’on finit par vivre avec », résume-t-il sans fausse modestie.
S’il a récemment élu domicile à Marseille, c’est autant pour des raisons esthétiques que professionnelles. Parce qu’il trouve la ville « belle, vivante, foisonnante » et qu’il y a des amis sur place. Mais aussi parce que c’est une sorte de mine d’or pour un spécialiste de son acabit. « On parle souvent de Rouen ou du Havre, mais la métropole Aix-Marseille est la plus dense du pays en matière de risques industriels, assène-t-il. C’est en partie lié à la présence de son vaste port, autour duquel se sont multipliées les activités industrielles. »…



