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« Si nous perdons notre langue, nous perdons notre nation » : l’avertissement d’Ilham Aliyev et le combat culturel de l’Azerbaïdjan

Par Lahcen Isaac Hammouch

« Si nous perdons notre langue, nous perdons notre nation. Plus de 50 millions d’Azerbaïdjanais vivent dans le monde. Notre langue est la voix d’une grande nation. Elle ne doit jamais rester dans l’ombre d’une autre. » Par cette déclaration forte et sans ambiguïté, le président Ilham Aliyev a replacé la question linguistique au cœur du projet national azerbaïdjanais, dans un monde marqué par la mondialisation, l’uniformisation culturelle et la domination croissante de quelques langues internationales.

En Azerbaïdjan, la langue n’est pas un simple outil de communication administrative ou un marqueur folklorique. Elle est le fil conducteur de l’histoire nationale, le dépositaire d’une mémoire collective forgée à travers les siècles, entre influences persanes, turques, russes et caucasiennes. L’azerbaïdjanais a longtemps été relégué, marginalisé ou instrumentalisé, notamment durant les périodes impériale et soviétique, où la langue dominante s’imposait comme vecteur de pouvoir politique et culturel. L’indépendance a ainsi marqué bien plus qu’un changement de drapeau : elle a signifié la reconquête d’une voix propre.

Depuis lors, les autorités azerbaïdjanaises ont fait de la langue un pilier de la souveraineté nationale. Son usage dans l’éducation, l’administration, les médias, la production intellectuelle et la diplomatie est perçu comme un acte politique à part entière. Pour Bakou, promouvoir l’azerbaïdjanais ne revient pas à se fermer au monde, mais à y prendre part sans se dissoudre. La maîtrise des langues étrangères est encouragée, mais jamais au détriment de la langue nationale, considérée comme le socle commun de la citoyenneté.

L’insistance du président Aliyev sur les « plus de 50 millions d’Azerbaïdjanais vivant dans le monde » révèle une autre dimension essentielle de ce discours : celle de la diaspora. Répartis entre la Russie, l’Iran, la Turquie, l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord, ces millions de citoyens et de descendants constituent une extension vivante de la nation. Pour eux, la langue devient un lien vital avec la patrie, un rempart contre l’effacement identitaire et l’assimilation totale. La préserver, la transmettre aux nouvelles générations et la faire vivre hors des frontières est perçue comme une responsabilité collective.

Dans un contexte international où l’anglais, le russe ou d’autres grandes langues tendent à dominer l’espace public, l’appel d’Ilham Aliyev sonne comme un avertissement. Il rappelle que la hiérarchisation implicite des langues n’est jamais neutre et qu’elle produit des rapports de pouvoir. Refuser que l’azerbaïdjanais « reste dans l’ombre d’une autre langue », c’est affirmer une égalité symbolique entre les cultures et refuser la marginalisation silencieuse des identités nationales.

Au-delà du cas azerbaïdjanais, ce discours revêt une portée universelle. De nombreuses nations, petites ou moyennes, sont confrontées au même dilemme : comment s’intégrer dans l’économie mondiale et dans les échanges internationaux sans sacrifier sa singularité culturelle ? L’exemple de l’Azerbaijan montre qu’il est possible de conjuguer ouverture et affirmation de soi, modernité et enracinement, mondialisation et souveraineté culturelle.

Cette réflexion trouve également un écho particulier en Europe, et notamment en Belgique, pays marqué par le multilinguisme et la diversité culturelle. Elle pose une question fondamentale aux sociétés contemporaines : la coexistence des langues doit-elle conduire à l’effacement progressif des langues d’origine, ou au contraire à leur reconnaissance comme richesse collective ? Le message venu de Bakou invite à considérer la langue non comme un obstacle à l’intégration, mais comme un vecteur de dignité et de continuité.

En affirmant que la langue est « la voix d’une grande nation », Ilham Aliyev ne se contente pas d’un discours symbolique. Il formule une vision stratégique où la survie de la nation ne dépend pas uniquement de sa puissance économique, de sa sécurité ou de ses alliances, mais aussi de la vitalité de sa culture et de sa capacité à transmettre son héritage linguistique aux générations futures. À l’heure où des dizaines de langues disparaissent chaque année à travers le monde, cet appel résonne comme un rappel essentiel : lorsqu’une langue s’éteint, c’est une manière de penser, de raconter le monde et d’exister collectivement qui disparaît avec elle.

Cette déclaration a été rapportée par The Azeri Times, à la suite d’une intervention publique du président azerbaïdjanais consacrée à la protection et à la transmission de la langue nationale.

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