Le sommet extraordinaire de Bruxelles souligne les lignes rouges de l’Europe en matière de souveraineté et de coercition économique, tout en soulevant de nouvelles questions sur le ton futur des relations transatlantiques.
Les dirigeants européens ont profité d’un sommet extraordinaire à Bruxelles pour envoyer un message direct au président américain Donald Trump : l’Europe s’attend à des relations « cordiales et respectueuses », surtout après une crise au cours de laquelle Trump a menacé d’imposer des tarifs douaniers punitifs liés au Groenland. La confrontation immédiate s’est atténuée après l’annonce d’un cadre de sécurité dans l’Arctique négocié par l’OTAN, mais les responsables européens ont indiqué qu’ils étaient prêts à défendre leur souveraineté et leurs marchés, potentiellement avec le puissant instrument anti-coercition de l’UE.
S’exprimant après la réunion d’urgence, le président du Conseil européen, António Costa, a présenté la question comme une question de principe et de méthode. « Nous pensons que les relations entre partenaires et alliés doivent être gérées de manière cordiale et respectueuse », a-t-il déclaré, avertissant que l’UE défendrait ses intérêts « contre toute forme de coercition », selon un rapport de l’Union européenne. Euronews.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a adopté une note similaire, présentant l’unité comme le principal levier du bloc. Elle a déclaré que l’UE avait « réussi » à repousser les revendications territoriales en étant « ferme, sans escalade et surtout très unie », a rapporté Euronews. Dans le même temps, elle a exhorté les Européens à renforcer leur résilience économique, à diversifier les chaînes d’approvisionnement et à réduire les vulnérabilités dans les secteurs clés.
Une crise de cinq jours, puis une pause fragile
L’épisode – décrit par les diplomates européens comme un moment proche du gouffre – a été désamorcé lorsque Trump a fait marche arrière et a opté pour un accord à plus long terme sur la sécurité dans l’Arctique négocié par le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Pourtant, les détails de ce cadre n’ont pas été divulgués, ce qui alimente les soupçons dans plusieurs capitales selon lesquelles l’affrontement politique pourrait réapparaître sous une autre forme.
Les dirigeants craignaient en privé qu’une escalade rapide – des tarifs douaniers assortis de contre-mesures – puisse causer des dommages économiques plus importants et compliquer la coordination des priorités en matière de sécurité, y compris la poursuite des efforts visant à mettre fin à la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Le soulagement apporté à Bruxelles est toutefois accompagné d’un message : la dissuasion est importante, tout comme les règles prévisibles entre alliés.
La souveraineté du Groenland et le peuple au centre
La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a tracé la ligne la plus claire. Le Danemark est prêt à discuter des questions liées au Groenland avec Washington, a-t-elle déclaré, mais la souveraineté est « hors de la table » – une « ligne rouge » – et « nos règles démocratiques ne peuvent pas être discutées », selon Euronews.
Le Groenland est une partie autonome du Royaume du Danemark avec un gouvernement autonome établi en vertu du Cadre de la Loi sur l’autonomie gouvernementale. Toute discussion sur l’avenir de l’île soulève inévitablement des questions de légitimité démocratique et d’autodétermination, en particulier pour les Groenlandais eux-mêmes, dont l’action politique peut être mise de côté lorsque la concurrence entre grandes puissances fait la une des journaux.
Pour les responsables européens, il ne s’agit pas là d’un argument rhétorique. Si les questions territoriales sont même évoquées à travers la pression économique, cela touche aux normes européennes fondamentales : la souveraineté, l’État de droit et le droit des peuples à décider de leur propre avenir sans contrainte.
L’instrument anticoercition : le moyen de dissuasion commerciale le plus puissant d’Europe
Avant le revirement de Trump, la Commission avait commencé à préparer des réponses potentielles au cas où les menaces tarifaires passeraient de la rhétorique à l’action. Parmi les options discutées figurait l’utilisation du Instrument anti-coercitionqui est entrée en vigueur fin 2023 et est conçue pour dissuader et, si nécessaire, contrer la « coercition économique » exercée par des pays tiers.
L’outil est volontairement large. Il peut, en principe, cibler plusieurs domaines à la fois – du commerce des biens et services aux flux d’investissement, en passant par les marchés publics et la propriété intellectuelle – tout en fonctionnant dans le cadre de procédures définies par l’UE et d’une logique de « dernier recours ».
L’European Times a déjà étudié comment ce mécanisme est censé fonctionner dans la pratique et pourquoi il est important pour la sécurité économique de l’Europe dans les années à venir. un explicatif antérieur sur l’instrument anticoercition. Le même débat revient désormais en temps réel : comment rester sans escalade, mais crédible, lorsque des moyens de pression apparaissent à la limite de la diplomatie alliée.
Ce que révèle cette crise sur la relation transatlantique
À la base, le sommet de Bruxelles portait moins sur les tarifs douaniers que sur la confiance. Les dirigeants de l’UE ont indiqué qu’ils souhaitaient préserver la coopération transatlantique, mais pas au prix d’une normalisation des menaces – territoriales ou économiques – contre un État membre et son territoire autonome.
La crise a également relancé un débat de longue date en Europe : la résilience stratégique. L’appel de Von der Leyen à diversifier les chaînes d’approvisionnement et à renforcer le « pouvoir économique » s’inscrit dans une évolution plus large de l’UE vers la réduction des dépendances ponctuelles, parallèlement aux débats sur la politique industrielle, la coopération en matière de défense et l’équilibre entre ouverture et protection.
Comme l’a rapporté The European Times dans d’autres contextes, la volonté de l’Europe de renforcer ses propres capacités – que ce soit en matière de sécurité ou de politique industrielle – est devenue un thème récurrent à Bruxelles. (Voir, par exemple, notre couverture sur renforcer la coopération en matière de défense dans la politique européenne.)
Publié à l’origine dans The European Times.






