Par Isaac Hammouch

Au lendemain d’une finale de Coupe d’Afrique des nations aussi tendue que controversée, la décision de la Fédération royale marocaine de football de saisir officiellement la Confédération africaine de football et la Fédération internationale de football association marque un tournant majeur. Il ne s’agit plus seulement d’un débat sportif mais d’un dossier institutionnel, disciplinaire et symbolique aux répercussions profondes.
Une fin de match hors norme
La finale disputée à Rabat entre le Maroc et le Sénégal restera comme l’une des plus agitées de l’histoire récente de la CAN. Après le refus d’un but sénégalais pour une faute jugée légère sur Achraf Hakimi, l’arbitre accorde au Maroc un penalty à la 90e+6 minute à la suite d’un contact sur Brahim Diaz.
C’est à cet instant que la rencontre bascule. Plusieurs joueurs sénégalais quittent volontairement la pelouse pour regagner le vestiaire, contestant la décision arbitrale. Le jeu est interrompu de longues minutes dans une atmosphère extrêmement tendue avant que le capitaine Sadio Mané ne convainque ses coéquipiers de revenir. Brahim Diaz manque ensuite son penalty avant que le Sénégal ne s’impose en prolongation grâce à Pape Gueye.
Une plainte qui n’est pas anodine
Dans son communiqué, la Fédération royale marocaine de football ne remet pas en cause une décision arbitrale en tant que telle. Elle dénonce un comportement collectif jugé contraire aux règlements internationaux, estimant que l’abandon temporaire de la pelouse a eu un impact direct sur le déroulement normal de la rencontre et sur l’état psychologique des joueurs.
Sur le plan réglementaire, l’argumentation marocaine est solide. Les textes disciplinaires de la CAF et de la FIFA interdisent clairement le refus de jeu, le retard volontaire à la reprise et toute pression collective exercée sur l’arbitre. Ces faits peuvent être sanctionnés indépendamment du résultat sportif final.
Le Maroc a-t-il raison d’engager cette procédure
Sur le plan du principe, la réponse est oui. Une finale continentale engage la crédibilité de toute une compétition. Lorsqu’une fédération estime que l’intégrité du match a été compromise, elle a non seulement le droit mais aussi le devoir d’activer les mécanismes prévus par les règlements.
Ne pas le faire aurait été interprété comme un précédent dangereux et un signal de faiblesse institutionnelle. En revanche, il serait illusoire d’imaginer une remise en cause du résultat final. Les instances internationales privilégient la stabilité des compétitions et évitent les décisions susceptibles de provoquer un chaos juridique et sportif.
L’objectif du Maroc est ailleurs. Il s’agit d’affirmer une ligne rouge, de rappeler que certaines pratiques ne peuvent être tolérées, surtout lors d’une finale.
Une relation maroco-sénégalaise fragilisée
C’est sans doute sur le plan humain et politique que les conséquences pourraient être les plus durables. Le Maroc et le Sénégal entretiennent historiquement des relations fraternelles fondées sur la confiance, la coopération et le respect mutuel. Dans le football africain, cette rivalité a longtemps été considérée comme saine et exemplaire.
La plainte marocaine introduit une rupture symbolique. À Dakar, elle est perçue par certains comme une remise en question indirecte de la victoire sénégalaise. À Rabat, elle est vue comme une réaction légitime face à un comportement jugé inacceptable. Cette divergence de lecture risque de laisser des traces durables dans les relations entre les deux fédérations et dans l’opinion publique.
Sans une gestion politique et diplomatique intelligente, cette affaire pourrait transformer une amitié sportive de longue date en rivalité durable et tendue.
Un test de crédibilité pour la CAF et la FIFA
Ce dossier place enfin la CAF et la FIFA face à leurs responsabilités. Leur décision sera observée de près par l’ensemble des fédérations africaines. Une absence de réaction affaiblirait leur autorité. Une sanction disproportionnée pourrait enflammer le débat continental.
Quoi qu’il en soit, cette finale Maroc–Sénégal restera comme un révélateur des fragilités structurelles du football africain, où la pression, l’émotion et les enjeux politiques prennent parfois le pas sur le jeu.
Le match est terminé sur le terrain, mais il se poursuit désormais dans les couloirs des instances internationales et dans la mémoire collective du football africain.







