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Deux journalistes africains retrouvés morts au Maroc pendant.

Par Isaac Hammouch

La Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc est endeuillée par un double décès qui dépasse aujourd’hui le cadre sportif pour s’inscrire au cœur d’une controverse politique et médiatique majeure. Deux journalistes africains présents à Rabat pour couvrir la compétition ont été retrouvés morts à quelques jours d’intervalle dans leurs chambres d’hôtel. Depuis l’annonce de ces décès, plusieurs médias et acteurs politiques étrangers accusent ouvertement le Maroc d’être impliqué dans ce qu’ils qualifient de « liquidations », sans qu’aucune preuve judiciaire ou expertise indépendante ne vienne à ce stade étayer ces affirmations.

La première victime est Mohamed Soumaré, journaliste sportif malien chevronné, connu et respecté dans les cercles médiatiques africains. Il était accrédité pour la CAN et travaillait comme journaliste et consultant sportif. Il a été retrouvé sans vie dans sa chambre d’hôtel à Rabat. Quelques jours plus tard, Audry Ibohn Njoh, ressortissant camerounais également présent au Maroc dans le cadre de la compétition et décrit par plusieurs sources comme proche du monde médiatique et du football, a lui aussi été découvert mort dans des circonstances similaires. Dans les deux cas, aucune trace publique de violence n’a été signalée dans les premières communications, et les autorités marocaines ont indiqué que des enquêtes étaient en cours.

C’est précisément cette absence d’informations détaillées qui a ouvert la voie à une vague de spéculations. Sur les réseaux sociaux et dans certains médias étrangers, notamment en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne, des accusations extrêmement lourdes ont été formulées contre le Maroc. Certaines tribunes et articles parlent d’empoisonnement, d’élimination ciblée, voire d’opérations menées par les services de sécurité marocains. Ces récits s’inscrivent dans un climat régional déjà marqué par de fortes tensions diplomatiques et par une rivalité informationnelle assumée entre plusieurs États.

À ce stade pourtant, aucun élément factuel vérifié ne permet d’affirmer qu’il s’agit d’actes criminels, encore moins d’opérations commanditées par un État. Ni rapports médicaux officiels, ni conclusions toxicologiques, ni éléments judiciaires indépendants n’ont été rendus publics. Aucune organisation internationale reconnue, aucune ONG crédible de défense des journalistes, ni aucune instance judiciaire étrangère n’a confirmé l’existence d’un assassinat ou d’une responsabilité directe des autorités marocaines.

L’affaire prend ainsi la forme classique d’une guerre de l’information, où un fait réel – la mort tragique de deux hommes – est immédiatement intégré dans un narratif politique plus large. Le Maroc, en tant que pays hôte de la CAN et acteur central sur la scène africaine, devient une cible idéale pour des campagnes de délégitimation, d’autant plus que l’événement sportif constitue une vitrine internationale majeure. Dans ce contexte, l’émotion légitime suscitée par ces décès se transforme rapidement en instrument de pression diplomatique et médiatique.

Cela ne dispense évidemment pas l’État marocain de ses responsabilités. Lorsqu’un journaliste étranger décède sur le territoire d’un pays hôte, la transparence, la coopération consulaire et la communication factuelle sont des exigences légitimes. Les familles des victimes, leurs confrères et leurs États d’origine sont en droit d’attendre des réponses claires et documentées. Mais l’exigence de vérité ne saurait être remplacée par l’accusation automatique ni par la construction de scénarios non démontrés.

Le journalisme responsable impose une ligne de conduite claire dans ce type de dossier. Il s’agit de distinguer les faits établis des hypothèses, de refuser les amalgames et de ne pas transformer une enquête en cours en procès médiatique. Accuser un État de liquidations sans preuves formelles relève non de l’information, mais de la spéculation et, dans certains cas, de la manipulation.

La mort de Mohamed Soumaré et d’Audry Ibohn Njoh est avant tout un drame humain et une perte pour le monde médiatique africain. Elle appelle des enquêtes sérieuses, indépendantes et abouties. En attendant leurs conclusions, toute affirmation péremptoire sur une implication étatique reste infondée. Dans une Afrique traversée par des tensions géopolitiques croissantes, la prudence, la rigueur et le respect de la vérité demeurent plus que jamais des impératifs journalistiques.

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