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Égypte–Qatar : un investissement stratégique de 200 millions de dollars dans le carburant d’aviation durable

Par Lahcen Isaac Hammouch

L’Égypte et le Qatar viennent de franchir une étape importante dans leur coopération économique et énergétique avec la signature d’un accord d’investissement majeur portant sur la production de carburant d’aviation durable. Ce projet, d’un montant de 200 millions de dollars, sera développé dans la zone économique du Canal de Suez, plus précisément au sein de la zone industrielle intégrée de Sokhna, sur une superficie de 100 000 mètres carrés. Il s’agit du tout premier projet industriel qatari implanté dans cette zone stratégique, ce qui lui confère une portée symbolique et géopolitique particulière.

Le projet est porté par la société qatarie Al Manaa Holding, en partenariat avec l’Autorité de la Zone économique du Canal de Suez, et vise une capacité de production annuelle de 200 000 tonnes de carburant d’aviation durable. Ce carburant, connu sous l’appellation SAF, est appelé à jouer un rôle central dans la transition énergétique du secteur aérien, l’un des plus émetteurs de gaz à effet de serre. Selon les autorités égyptiennes, l’utilisation de ce carburant permettra de réduire les émissions polluantes de 50 à 80 pour cent par rapport au carburant d’aviation conventionnel.

Les produits issus de ce complexe industriel ne se limiteront pas au seul carburant d’aviation durable. Le projet prévoit également la production de Bio Propane et de Bio Naphtha, obtenus à partir du raffinage d’huiles de cuisson usagées, ce qui inscrit clairement l’initiative dans une logique d’économie circulaire et de valorisation des déchets. Cette orientation répond aux standards internationaux en matière de durabilité et renforce l’attractivité du projet sur les marchés mondiaux.

Un élément clé de la crédibilité économique de l’investissement réside dans l’accord d’approvisionnement à long terme conclu avec la multinationale Shell Global, qui s’est engagée à acheter l’intégralité de la production. Les premières livraisons de carburant durable sont prévues d’ici la fin de l’année 2027, ce qui laisse entrevoir une montée en puissance progressive mais structurée du projet.

Les autorités égyptiennes ont salué cette initiative à plusieurs niveaux. Walid Gamal El-Din, président de l’Autorité de la Zone économique du Canal de Suez, a souligné que ce projet renforce la position de la zone comme hub régional pour les industries vertes et les énergies propres, tout en soutenant la stratégie nationale de promotion des exportations. Le Premier ministre Mostafa Madbouly a, pour sa part, mis en avant la dimension stratégique de l’investissement, estimant qu’il consolide les capacités de l’Égypte en matière d’adoption des sources d’énergie renouvelable et confirme l’attractivité du pays pour les investissements étrangers à forte valeur ajoutée.

La signature de l’accord, intervenue en marge du Forum d’affaires égypto-qatari au Caire, a également été interprétée comme un signal politique fort illustrant l’amélioration et la profondeur des relations entre Le Caire et Doha après plusieurs années de tensions régionales. Le PDG d’Al Manaa Holding, Abdulaziz Al Manaa, a salué le climat d’investissement en Égypte et le soutien des autorités pour lever les obstacles administratifs et opérationnels, insistant sur le rôle déterminant de l’appui politique des deux pays dans la réussite du projet.

Selon le ministre égyptien de l’Investissement et du Commerce extérieur, Hassan El-Khatib, les investissements qataris en Égypte atteignent désormais environ 3,2 milliards de dollars, répartis sur plus de 266 entreprises opérant dans des secteurs variés. Le projet de Sokhna s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de renforcement des flux d’investissements qataris et de repositionnement de l’Égypte comme acteur clé de la transition énergétique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Au-delà de sa dimension industrielle, cet investissement illustre une convergence d’intérêts entre impératifs économiques, exigences environnementales et considérations géopolitiques. Il témoigne de la volonté des deux pays de s’inscrire dans les grandes mutations du secteur énergétique mondial, tout en utilisant la transition écologique comme levier de coopération, de croissance et d’influence régionale.

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