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Philippe Lienard : »Bruxelles n’est pas flamande.Une réalité historique qui ne peut déranger ».

La Belgique de 1830 voulue comme «Etat tampon neutre» entre les grandes puissances environnantes et potentiellement belligérantes, s’est choisie tout naturellement Bruxelles comme capitale, une ville chargée d’Histoire. Il suffit d’en visiter l’hôtel de ville sur sa très touristique Grand Place, pour se plonger dans sa période espagnole datant du Moyen-Âge, ou encore, d’aller admirer les statues érigées square du Petit du Sablon à la mémoire des métiers corporatifs ou guildes.

Même si d’autres études circulent, parfois confuses, le nom de Bruxelles est issu de Bruocsella, nom celto-latin, «lieu d’habitation dans le marais». Ce nom tire donc son origine lointaine de la langue celte, de «brux» ou «bruoc», marais, et du suffixe «elles», «lieu», comme c’est le cas pour d’autres villes actuelles dont le nom se termine par «elles» et précédées d’un ancien qualificatif (exemple, Nivelles, ville des tissus, draps, etc). Les Romains et les Celtes habitèrent en ce lieu de la future Bruxelles.

Avant le règne de Charlemagne, roi des Francs, empereur d’Occident couronné en 800, et jusqu’aux 10e–11e siècles, Bruxelles fut un site riverain, une fondation médiévale. Le castrum fortifié fut construit en 979 par le duc Charles de Basse-Lotharingie sur une petite île de la Senne dont on retrouve les traces du lit et des méandres sous la ville, aux archives, et, sur les précieuses peintures de l’hôtel de ville. C’est à partir de cette enceinte fortifiée, et du marché sur la Senne, que naquit la ville médiévale proprement dite. 

Le pagus (région) appelé Bracbatensis (Brabant) existait déjà à l’époque carolingienne. Il  s’agissait d’un espace de «polders» et de zones marécageuses entre les rivières Dyle, Senne, etc, plus tard morcelé «politiquement» en plusieurs entités féodales. Le site de Bruxelles bénéficia de sa situation sur la route commerciale entre la Flandre marchande (Bruges, Gand) et Cologne. Ce rôle de carrefour favorisa le développement urbain et textile dès les 11e–12e siècles.

Bruxelles sera intégrée aux comtés locaux, le comté de Bruxelles et à son émergence du Brabant, qui devint un duché. À partir du 11e siècle, la seigneurie locale passa aux comtes de Louvain  par alliance matrimoniale.

Ces comtes, puis ducs, développèrent Bruxelles comme centre économique et politique secondaire (Louvain demeura le centre comtal), mais la ville acquit progressivement libertés urbaines et des institutions de gouvernance (hôtel de ville, corporations/guildes, encore visibles aujourd’hui sur la Grand-Place). C’est dans ce cadre qu’apparut progressivement la notion d’un « comté/duché de Brabant » distinct, qui se consolidera aux 12e et 13e siècles.

Bruxelles ne fut pas historiquement une « ville de Flandre » au sens direct, mais elle fut rattachée aux seigneuries du pagus bracbatensis (Brabant) puis aux comtes de Louvain/Brabant. Le comté de Flandre fut une entité voisine et puissante mais distincte. Les territoires médiévaux sont complexes et imbriqués (fiefs, allodiaux, droits comtaux), d’où des chevauchements ponctuels mais pas une attribution unique et continue de Bruxelles à la Flandre.

Le comté de Brabant se transforma en duché au 12e siècle. Une partie de ses territoires devinrent une province en 1830, divisée bien plus tard en Brabant flamand et Brabant wallon… en 1995, avec Louvain comme chef-lieu au Nord et Wavre comme chef-lieu au Sud.

La titulature ducale (duc de Brabant) qui s’était consolidée et la région, devinrent une principauté importante du Saint-Empire romain germanique. Le duché comprit Louvain, Bruxelles et d’autres territoires.

Bruxelles, en tant que ville ducale et siège seigneurial (notamment le Palais de Coudenberg), gagna en importance administrative et symbolique.

À partir du 15e siècle, les ducs de Bourgogne ont uni progressivement la plupart des territoires des Pays-Bas, les «Dix-Sept Provinces». Ensuite, par les mariages et successions, la domination passa à la maison de Habsbourg, une dynastie d’origine suisse qui s’étendit en Alsace, en Souabe et devint la Maison d’Autriche. Charles Quint (né à Gand), un Habsbourg, et son fils Philippe II ont intégré Bruxelles comme l’un des centres politiques majeurs des possessions bourguignonnes. Charles-Quint, souverain d’Autriche, d’Espagne et de Bourgogne, eut son palais et sa cour à Bruxelles, au Coudenberg (sous le Mont des Arts actuel). La ville devint dès lors un centre de gouvernement impérial.

Le 16e siècle fut troublé. La Réforme protestante issue des thèses publiées par Luther à Genève en 1517, l’iconoclasme (Beeldenstorm, 1566) et les réactions de la cour de Philippe II créèrent une forte tension. Les guerres (début de la guerre de Quatre-vingts ans / révolte des Pays-Bas) séparèrent progressivement le Nord (qui deviendra les Provinces-Unies / Pays-Bas du Nord, protestant) du Sud (resté catholique et sous domination espagnole).

Le Sud (dont fait partie Bruxelles) resta majoritairement sous contrôle des Habsbourg d’Espagne après la scission. Ces événements transformèrent la place politique et religieuse de Bruxelles au sein de l’Europe occidentale.

Vinrent ensuite la période espagnole puis autrichienne. Après la période espagnole (16e–fin 17e s.), l’échec des insurgés du Sud à se libérer (et la consolidation du Nord) laissa ce Sud comme «Pays-Bas espagnols». À la fin de la guerre de Succession d’Espagne (Traités d’Utrecht, 1713–1714), la souveraineté changea partiellement : la couronne d’Autriche reçut la région (on parle d’«Autriche» pour la période dite des Pays-Bas autrichiens (Austrian Netherlands). Bruxelles demeura le centre politique et administratif principal de la province du Brabant et conserva des institutions locales à côté des gouverneurs nommés par Marie-Thérèse, puis par son fils Joseph II.

La période pré-révolutionnaire vit des tensions (réforme Josephine de l’empereur Joseph II provoqua la Révolte des Pays-Bas / Insurrection brabançonne et la courte république des États belgiques — United States of Belgium — en 1790), mais la dynastie Habsbourg reprit ensuite le contrôle du territoire.

Après 1789 et les guerres révolutionnaires, la France révolutionnaire envahit les Pays-Bas méridionaux. En 1795 l’annexion fut formalisée et le territoire réorganisé en départements français (dont le département de la Dyle, qui contint Bruxelles). Les institutions anciennes (duché de Brabant, privilèges féodaux) furent dissoutes.  Bruxelles fit partie de l’empire né en 1804.

Après la défaite napoléonienne, le Congrès de Vienne (1814–1815) redessina l’Europe, pour créer un État tampon neutre et puissant contre la France: les puissances européennes réunirent les anciens Pays-Bas méridionaux (Belgique actuelle) et les Provinces-Unies (Pays-Bas actuels) en un seul Royaume uni des Pays-Bas sous la maison d’Orange-Nassau (roi Guillaume Ier). Cette création plaça artificiellement ou administrativement Bruxelles dans un État plus large dont Amsterdam était le centre politique officiel, même si Bruxelles conserva une importance régionale non négligeable.

En août-septembre 1830, des émeutes à Bruxelles — déclenchées en partie par des événements culturels (notamment la représentation de «La Muette de Portici» à la Monnaie, et plus largement par des tensions linguistiques, religieuses, économiques et politiques avec Amsterdam),  entraînèrent le soulèvement qui devint la Révolution belge. En quelques semaines, le contrôle hollandais s’effondra.

Après un processus diplomatique et des négociations internationales, la Belgique obtint son indépendance en 1830–1831. Bruxelles devint la capitale du nouvel État belge (siège du gouvernement et du roi).

A cette époque, Bruxelles était de langue française. Elle l’est encore à 80% en ce 21e siècle comparativement à la langue flamande, bien que des populations germaniques vécurent en actuelle Belgique dès les premiers siècles de notre ère. La langue flamande ne fut officielle en Belgique qu’au 19e siècle (1898) au cours d’un mouvement nommé «vlaamse beweging», qui revendiqua une identité flamande et que cette langue soit pratiquée de manière officielle. Cette exigence fut le début d’une longue marche qui devint institutionnelle et conduisit à une partition fédérale de la Belgique notamment dans le cadre d’une volonté autonomiste de la Flandre qui décréta que Bruxelles était sa capitale. La Flandre obtint l’unilinguisme territorial en 1932. Cela dit, pour en revenir à Bruxelles, la région de Bruxelles-Capitale est cogérée par moitié en son parlement par les composantes de l’Etat fédéral belge, dont la Flandre et la Wallonie.

En conclusion, en dépit des circonvolutions de l’Histoire, et même si, par un détour d’annexion provisoire, Bruxelles fut sous tutelle anglo-batave au 18e siècle, et, sous une relative administration «hollandaise», comme capitale des Pays-Bas du Sud ou méridionaux (1815-1830), après avoir été française,  la ville a, de tous temps, présenté les couleurs et les attraits d’une capitale, et, n’a jamais été sous administration ou possession flamande, n’en déplaise à d’aucuns. Cette réalité historique ne peut déranger…

Philippe Liénard, essayiste

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