
Sous les radars des gros titres, les entreprises belges ont tissé, depuis une décennie, un réseau de coopérations qui compte dans la modernisation de l’économie azérie — de l’énergie aux infrastructures, en passant par l’environnement et la logistique. Cette relation n’a rien d’anecdotique : en 2023, les exportations belges vers l’Azerbaïdjan ont bondi de près de 21 % pour atteindre près de 60 millions d’euros, tandis que les importations en provenance de Bakou progressaient de plus de 60 % pour dépasser 43 millions. Près de 800 entreprises belges exportent déjà vers ce marché et plus d’un millier manifestent un intérêt actif pour s’y développer.
Dans l’énergie, l’empreinte belge est stratégique. Fluxys, opérateur d’infrastructures gazières basé à Bruxelles, détient 20 % du Trans Adriatic Pipeline (TAP), maillon européen du corridor gazier méridional qui achemine le gaz d’Azerbaïdjan vers l’Italie via la Grèce et l’Albanie. Ce rôle d’actionnaire au même rang que SOCAR, bp ou Snam fait de la Belgique un acteur direct de la sécurité d’approvisionnement énergétique du continent et de la valorisation des exportations azéries.
La coopération dépasse le gaz. Dans le solaire, le groupe belge Soltech a conçu et installé la centrale photovoltaïque de Babek, dans l’enclave du Nakhitchevan, mise en service en 2015 et portée ensuite à 22 MW. Elle contribue aujourd’hui à l’autonomie énergétique locale et illustre le savoir-faire belge dans les énergies renouvelables concrètes.
Côté construction, BESIX a marqué les esprits en réalisant le siège prestigieux du Fonds pétrolier d’État (SOFAZ) à Bakou, un contrat de près de 85 millions d’euros qui a placé l’ingénierie belge au cœur des grands ouvrages publics azéris. Dans l’ingénierie environnementale, Tractebel a conduit les études et le plan directeur de dépollution du lac Boyukshor, l’un des plus grands plans d’eau pollués de Bakou, avec pour ambition de transformer cette friche industrielle en futur éco-quartier.
Le volet logistique illustre, lui, la densité des liens port-à-port. Depuis 2015, le Port de Baku et le Port d’Anvers-Bruges coopèrent étroitement, notamment sur la formation et le transfert de compétences. Ces programmes, peu visibles mais déterminants, soutiennent la montée en puissance du hub d’Alat sur le « corridor médian » eurasiatique. En novembre 2024, la visite du Premier ministre Alexander De Croo au Port de Baku, entouré d’industriels belges dont Jan De Nul, a encore souligné l’importance de cette coopération. Le groupe belge, spécialiste du dragage et des grands travaux maritimes, pourrait jouer un rôle crucial dans l’adaptation du port aux défis posés par la baisse du niveau de la mer Caspienne.
Ces projets s’inscrivent dans une trame plus large. L’Union européenne et l’Azerbaïdjan ont élargi leur partenariat énergétique, désormais tourné aussi vers les renouvelables et les réseaux électriques. La Belgique, pionnière dans plusieurs niches industrielles, est bien placée pour capter de nouvelles opportunités. La création récente d’une Chambre de commerce belgo-azerbaïdjanaise, qui multiplie missions et rencontres sectorielles, confirme cette dynamique.
Si l’on additionne ces initiatives — du gazoduc TAP au solaire du Nakhitchevan, des grands chantiers de BESIX aux projets environnementaux de Tractebel, des coopérations portuaires à l’action de Jan De Nul — l’arc belgo-azéri dessine une relation d’affaires de haut niveau. Une relation discrète, mais robuste, qui repose sur des compétences précises, une confiance mutuelle et un cadre juridique sécurisé.
La suite logique ? Des projets concrets dans l’électrification industrielle, les énergies vertes, la logistique et l’aménagement urbain. La Belgique a déjà démontré qu’elle pouvait apporter des solutions de niche à forte valeur ajoutée. L’Azerbaïdjan, lui, capitalise sur ces savoir-faire pour se transformer en hub énergétique et logistique au carrefour de l’Europe et de l’Asie. Le partenariat a donc tout pour se renforcer encore, dossier après dossier, contrat après contrat — exactement là où se joue l’avenir économique du pays.







