A partir de ce 1er avril 2025, tous les produits de tabac ne pourront plus être vendus dans les magasins d’une superficie égale ou supérieure à 400 m² (autrement dit les supermarchés).
Et ce n’est pas tout, tous les points de vente où cela reste autorisé, leur exposition est désormais interdite. Par l’interdiction d’exposition, il faut comprendre que ces produits de tabac ne peuvent plus être visibles ni de l’extérieur ni à l’intérieur.
Tous les produits du tabac, y compris les cigarettes électroniques
Les produits de tabac, cela concerne :
– Les cigarettes,
– Les cigares et cigarillos,
– Le tabac à priser et à mâcher,
– Le tabac à pipe,
– Le tabac à rouler,
– Le tabac à pipe à eau (chicha),
– Les nouveaux produits à base de tabac et leur appareil (ex. produits de tabac chauffé),
– Les produits à fumer à base de plantes (ex. CBD),
– Les cigarettes électroniques avec et sans nicotine,
– Les e-liquides (liquide pour cigarette électronique) avec et sans nicotine,
– Les autres produits similaires aux produits à base de tabac.
En cas d’infraction, l’amende peut varier entre 2000 et 800.000 euros. Et en cas d’infractions répétées, cela peut entraîner une fermeture temporaire de l’établissement, d’une heure jusqu’à 30 jours.
Des règles strictes qui sont la conséquence d’une récente modification de la loi du 24 janvier 1997 relative à la protection de la santé des consommateurs.
En réduisant la visibilité de ces produits, qui est une mesure parmi d’autres, l’objectif des autorités est d’arriver à une génération sans tabac.
Un gros vide pour les marchands de cigarettes électroniques
Outre les grandes surfaces qui ne peuvent plus vendre de produits de tabac, les marchands de cigarettes électroniques sont certainement les plus touchés par ces mesures. Ces commerçants ne pourront en effet plus ni exposer leurs produits en vitrine ni sur leurs présentoirs, ce qui va leur faire un fameux vide dans leur magasin.
« C’est comme si vous rentriez dans un magasin d’alcool et que vous ne voyiez pas d’alcool. Ou comme si vous rentriez dans un restaurant et qu’il n’y a pas de cuisinier, et même pas de menu« , nous explique un marchand de cigarettes électroniques qui préfère garder l’anonymat.
Et de s’interroger sur l’attrait de son commerce à l’avenir. Pour lui, dans ces conditions, les clients vont croire que le commerce a fermé ou qu’il est en liquidation.
« Ça n’a aucun sens de faire ça, à part effectivement nous désavantager par rapport au marché de la cigarette qui devient de plus en plus grandissant en Belgique.«
Et d’ajouter : « Ça restreint énormément le marché de la vape en Belgique. On a l’impression qu’ils nous visent un petit peu directement, on a l’impression qu’ils ne veulent pas de la vape en Belgique. Cela fait d’ailleurs quelques années qu’ils se cherchent un peu des excuses pour la faire disparaître.«
Des mesures qui n’ont pas l’air d’avoir beaucoup de sens
Autre réaction, celle de Prodipresse, l’organisation professionnelle qui représente les librairies presse.
Pour Xavier Deville, son président, cette interdiction d’exposition est aussi une mesure incompréhensible : « Il y a quelques années, on est passé aux paquets neutres avec des images de gens qui souffrent de maladies liées au cancer. Et aujourd’hui, on nous dit qu’on va cacher ça, parce que ça pourrait être attrayant pour les non-fumeurs.«
Et même s’il reconnaît qu' »il faut effectivement que le nombre de fumeurs diminue« , il estime qu' »on n’évalue rien et qu’on remet des mesures sur des mesures qui n’ont pas l’air d’avoir beaucoup de sens, à part être contraignantes pour le point de vente et contraignantes pour les clients. Et où personne n’y voit plus l’intérêt.«
Beaucoup, selon Xavier Deville, ont dû investir pour réaménager leur commerce. Un coût que la vente de cigarettes ne peut amortir sur le court terme car les marges sont très basses (30 euros brut sur 1000 euros de tabac vendu). Il aurait donc aimé que les autorités interviennent dans ces coûts d’autant qu’à cela s’ajoute le fait qu’il faut contrôler l’âge des clients et que certains gérants ont pour se faire investi dans une caméra intelligente.
Il pointe également du doigt la perte de temps pour un libraire qui doit, à chaque fois, ouvrir et fermer une armoire pour prendre les cigarettes alors qu’il reçoit en général 300 à 400 clients par jour.
Pas que des désavantages pour les autres points de vente
Ces inconvénients, Michaël Bourguignon, ne les partagent pas forcément. Ce libraire de Genappe, dans le Brabant wallon, lui, n’a pas dû engager de frais pour réaménager sa librairie. Il a tout simplement transféré les produits de tabac de la grande étagère derrière son comptoir vers une petite armoire invisible pour les clients.
Et il y voit même dans ce transfert forcé, un avantage : « C’est un soulagement de ne plus avoir toutes ces photos (de gens qui souffrent de maladies liées au cancer, ndlr) sous les yeux toute la journée. Je comprends bien la démarche et l’idée de permettre aux fumeurs de se poser des questions quant à sa consommation, mais le libraire ou le vendeur de cigarettes, lui, ne fume pas forcément et n’a pas ce besoin d’être confronté à ces photos toute la journée.«
A côté de cela, l’interdiction du tabac dans les supermarchés pourrait lui ramener quelques clients. C’est d’ailleurs déjà un peu le cas : « Les supermarchés ont déjà commencé à liquider leurs stocks et donc ont déjà commencé à communiquer à leurs clients que ce ne serait plus possible. Ce qui fait qu’on voit déjà des clients, qui n’étaient pas clients chez nous, qui arrivent chez nous. Et en même temps, je dirais que ça compense une perte de clients au préalable qui se dirigeaient pour la plupart vers le Luxembourg. Donc ça va peut-être un peu équilibrer.«
Ajoutons encore que selon l’organisation patronale des fabricants de cigarettes, CIMABEL, ces mesures risquent de doper le commerce illégal de tabac alors que plus d’une cigarette sur trois consommées en Belgique proviendrait déjà de circuits commerciaux illégaux.