Un jour, une carte déplie chaque jour une carte avec nos analystes géopolitiques, dans l’émission de La Première Le Monde en direct. Jean-Pierre Jacqmin a choisi ce lundi de déplier la carte de Paris, à la découverte de l’Esplanade de la Libération, tout près de la Seine et de l’hôtel de ville. C’est à cette place que la journée d’arrêt de travail de ce 31 mars doit son appellation, ou plutôt à l’ancien nom de cette place : la Grève.
Ce mot signifie « bord de rivière » ou « bord de mer« . Pour comprendre comme il en est arrivé, par métaphore, à renvoyer à la « contestation sociale« , il faut remonter plusieurs siècles en arrière. A Paris, en 1260, sur les bords de la Seine, un port de marchandises prend de l’ampleur. On y décharge du blé, des grains, du vin, et toutes sortes de produits maraîchers et des matériaux de construction qui alimentent le centre de la capitale, en pleine expansion. L’endroit est en pente légère et couvert de gravier, déposé par le fleuve au fil de l’érosion. On retrouve encore cette appellation « grève » pour « bord de rivière » en Lorraine belge et en Champagne. Ailleurs, on dit dorénavant plutôt « plage« .
Sur le sable
Mais revenons à cette Place de Grève. Au départ, « être en grève« , c’est chercher du travail. Les ouvriers, les manœuvres, s’y rendaient pour chercher de l’ouvrage, espérant trouver un capitaine de ces petits bateaux, parfois barquettes, qui les engagent pour la journée ou tout simplement le temps du chargement ou déchargement de leur navire. Pour certains étymologistes, dont Alain Rey, ceux qui restaient à quai, sans travail, étaient dits « sur le sable« , « sur le pavé« , « sans emploi« .
Mais autour de 1820, le mot « gréviste » revêt une autre signification. Sur cette Place de Grève, en ces temps, les peines de morts étaient exécutées… « à tour de bras« . Non seulement, c’était fréquent et très suivi mais en plus l’un des supplices préférés de la foule était le démembrement à vif, l’écartèlement et, pour les voleurs et les assassins, on commençait par les bras.