Ce positionnement sur la production d’un maillon d’une chaîne plus grande dont parle Yannick Quéau, c’est la force de notre industrie de la Défense selon Alain De Nève, chercheur au Centre d’études de sécurité et Défense. « Que ce soit au nord ou au sud du pays, le principal atout est d’avoir des technologies de niche. C’est d’avoir des entreprises, souvent des PME, qui développent des technologies qui entrent dans la composition de programmes plus vastes conduits par de plus grands groupes.«
Et de donner un exemple dans le domaine de l’optique pour les satellites telles que les antennes, des caméras ou des télescopes. « Prenez une entreprise qui fabrique de l’optique pour de l’observation de la Terre et notamment pour la surveillance climatique ou de zones polluées par exemple. Moyennant des investissements, un cadre de coopération coordonné et une certaine feuille de route sur le plan industriel, elle peut adapter leur technologie pour la détection de départs de missiles par exemple. » La ministre fédérale de la politique scientifique, Vanessa Matz, plaide d’ailleurs pour que les technologies spatiales soient mises à contribution dans la Défense.
Ces technologies de niche au caractère dual peuvent donc être adaptées. « Tout dépend de la manière dont ces PME reçoivent des spécifications de la part du militaire pour adapter son produit à des besoins en matière de Défense », ajoute Alain de Nève.
De là à dire que nous sommes en avance et particulièrement en Wallonie, comme l’avance le ministre de la Défense ? « En matière de technologies purement Défense : les munitions, les systèmes de tirs, les tourelles, les canons… Oui, l’industrie wallonne est avancée en la matière. Elle s’est priorisée sur ce type de produits« , répond Alain De Nève.
Il y a un côté marketing à dire que la Wallonie est à la pointe
Yannick Quéau n’est pas aussi convaincu. « Il y a un côté marketing à dire que la Wallonie est à la pointe. Oui, la région a des qualités. La FN Herstal se positionne bien, John Cockerill aussi. Mais plus généralement, nous sommes sur des positions de niche. » Ce qui fait la force de la Wallonie en ferait donc aussi sa faiblesse ? « Ce sont des positions qui sont délaissées par de grands acteurs de la Défense car ils considèrent que ces capacités de production existent par ailleurs et que ce n’est pas là que se trouvent les joyaux de la couronne.«
Les industries qui fabriquent des fusils d’assaut comme la FN Herstal foisonnent en Europe, explique Yannick Quéau. « Entre les Croates, les Tchèques, les Polonais, les Suédois, les Finlandais, les Suisses ou les Italiens… il y a un certain nombre d’acteurs« , énumère le directeur du Grip. « Il y a parfois cinq entreprises en Europe qui font la même chose.«
Ainsi, « certains pays, et c’est même le cas des États-Unis, considèrent qu’il y a une telle pluralité d’offres sur le marché international qu’à partir du moment où ils sont capables de s’assurer que la production est faite sur le territoire national, finalement que l’entreprise soit de nationalité étrangère ou pas, ce n’est pas un obstacle », continue Yannick Quéau. « Et ils se fournissent aussi en dehors de leur territoire. » Nous avons donc certains fleurons, mais nous ne sommes pas les seuls.