Bruxelles, morne plaine, épisode 290. La région s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise politique. Désormais face à l’impasse, on évoque un gouvernement minoritaire. Une situation baroque qui acterait le début de la fin du modèle bruxellois.
Le valet noir refilé par le MR au PS
Pour faire simple, on n’y arrive pas. Il existait une possibilité de former une majorité sans la N-VA : six partis sur sept étaient officiellement d’accord, un, le VLD, a refusé. Après la reprise en main des négociations par le président du MR, on a désormais six partis sur sept qui sont d’accord de former une majorité avec la N-VA, un, le PS, a refusé. On en revient à la situation de décembre. La manœuvre de Georges-Louis Bouchez a fonctionné, les libéraux sortent de leur position de valet noir et la refilent au PS.
Bruxelles, morne plaine. Soudain, joyeux, il dit : « Grouchy ! – C’était Blücher ! » Ah non, finalement c’était bien Blücher, l’espoir rechangea de camp, le combat rechangea d’âme, une nouvelle fois.
Une minorité francophone au gouvernement bruxellois ?
Pour en sortir désormais, le MR évoque la piste d’un gouvernement sans le PS. Puisqu’il semble impossible de se passer de la N-VA, il faut se passer du PS, laisse entendre le président. Très bien, mais Ecolo et Défi, qui pourraient remplacer le PS, ne veulent pas non plus de la N-VA. Sans parler du PTB. Le constat n’a pas changé depuis des mois : il n’y a pas de majorité francophone pour former un gouvernement avec la N-VA. Tant pis, Georges-Louis Bouchez a dit vouloir avancer avec les seuls partis qui accéderaient à sa demande, ce qui veut dire former un gouvernement sans majorité francophone.
La conclusion qui risque de s’imposer au terme de cette longue séquence est donc : un parti qui fait 9000 voix, la N-VA, s’impose aux 237.000 voix francophones du PS, d’Ecolo, de Défi et du PTB. Il ne faudra pas longtemps pour que l’opposition francophone hurle à la dictature des minorités.
Une solution possible ?
Sur le papier cette solution est possible. Mais attention, il faudrait que des partis francophones qui vont se retrouver dans l’opposition, et qui seraient donc majoritaires, votent pour la nomination des ministres du gouvernement, donc y compris la N-VA. Pour apaiser ce revirement, la loi spéciale bruxelloise prévoit qu’en cas de blocage, le vote intervient à bulletin secret.
Qu’est-ce qui pourrait bien pousser ceux qui refusent la N-VA à voter pour la N-VA, même secrètement ? Peut-être une forme de fatigue ? Peut-être qu’ils pourraient se dire que ce serait plus facile pour eux d’être dans l’opposition ? Qu’ils pourraient former des majorités alternatives sur plusieurs dossiers et bloquer les mesures qui ne leur conviennent pas ? Pas impossible. Encore faut-il que les partis flamands, Groen ou Vooruit, soient bien d’accord de rentrer dans un tel schéma, ce qui n’est pas encore certain.
Un gouvernement instable à Bruxelles ?
Pas nécessairement instable, puisqu’à Bruxelles comme à Namur, on ne peut pas retourner aux urnes. Mais disons que ce serait un gouvernement par définition faible qui n’aurait sans doute même pas la possibilité de faire voter son budget. Dans les faits, on pourrait, au bout de cette séquence, remplacer un gouvernement Vervoort en affaires courantes par un gouvernement Leisterth en affaires courantes. Ni Grouchy, ni Blücher, pas de sauveur. Rien que des perdants. Bruxelles, morne plaine…